AU SUJET DES CATACOMBES
Sauveur*. » Les autres la trouvent dans le symbole lui-môme; c'est-àdire que, de même que le poisson naît et vit dans l'eau, de même aussi le chrétien naît à la vie spirituelle par les eaux du baptême et y demeure enseveli avec le Christ*. Aussi, le long de la route que nous venons de parcourir, vous avez dû remarquer sur les tombes, tantôt la figure d'un poisson, tantôt le nom en caractères grecs. Maintenant, continuez, Severus.
— Quant à la multiplication des pains et des poissons, elle sert à nous représenter comment, dans la sainte Eucharistie, le Christ devient la nourriture spirituelle de tous 5. En face, vous voyez Moïse, frappant de la verge le rocher d'où jaillit une source vive à laquelle tous se désaltèrent, image du Christ qui est la boisson aussi bien que la nourriture de nos âmes*.
— Enfin, dit ïorquauis, nous voici arrivés au bon Pasteur.
— Oui, ajouta Severus, il occupe le centre de ïarcosolium, avec sa simple tunique et ses sandales ; il porte une brebis sur ses épaules : c'est la brebis égarée du troupeau. Deux autres sont à ses côtés : le bélier vagabond à ta droite, la douce brebis à sa gauche ; l'agneau repentant occupe la place d'honneur. A ses côtés aussi vous voyez deux personnes qu'il envoie évidemment pour prêcher ses doctrines. Toutes deux sont penchés en avant et semblent s'adresser à des brebis qui n'appartiennent pas au troupeau du Bon Pasteur. De chaque côté une de ces brebis paraît ne prêter aucune attention à leurs paroles, elle continue tranquillement à brouter l'herbe du chemin, tandis que l'autre lève la tête, les regarde et les écoute avec attention. Une pluie abondante tombe sur elle : c'est la grâce de Dieu. Il n'est pas difficile d'interpréter le sens mystique de cette peinture.
— Mais, demanda Tiburtius, pourquoi cet emblème est-il le sujet favori de nos artistes ?
— Nous présumons que ces peintures et d'autres semblables appartiennent particulièrement à l'époque fatale où l'hérésie de Novation désolait si cruellement l'Eglise, répondit Severus.
— Quelle espèce d'hérésie était-ce ? demanda Torquatus du ton négligent d'un homme qui trouve qu'il perd son temps.
— Cette hérésie enseignait, dit Pancrace, et elle enseigne même encore de de nos jours, qu'il y a des péchés que l'Eglise n'a pas le pouvoir remettre, des péchés tellement grands, que Dieu ne peut les couvrir de son pardon.
Pancrace ne soupçonnait pas l'impression que devaient produire ces paroles sur l'âme d'un de ocs auditeurs ; mais Severus, qui ne quittait pas an instant Torquatus du regard, le vit successivement rougir et pâlir.
{l)Jij(TOVÇ y^piaTOÇ 0fOy TlCi; Scoryp. c'est l'interprétation de saint Optatue (Adt». Porm., liv. Ill), et de «aint Augustin (de C. D., liv. XVITt, c. xxiu).
(2) C'est l'explication qu'en donne TertuUien (De BaptUimo, liv, III, <• ii).
(3) D-ns le même cimetière, il y a une autre peinture intéressante. Sur une table sont placés un pain et un poisson ; un prêtre étend tes mains dessus, et en face «'st une jeune femme eo adoration. La figure du prêtre f«t la môme que celle qui, dans une autre fresque, est repréjentés administrant le «acrciiient du baptême. Dans une autro crypte réoemnient déblayée, on \ trouvé des décorations très-anciennes, telles que des masques, etc., et de» poissons qui aagent, portant sur leurs do« des paniers remplis de pains et de flacons de vin.
(4) La figure de Moïse porte le type de celle de saint Pierre, tel qu'il nous est représentât dans les circoniere». Sur uû v«rr*, où ur.j sc-jue pareille «al fttitiia, lu personnage qui frapp» U roct-.er port<) «crit au-dKaau» d* ûh tAt« le mot Pt.rit~t'*
124 CE QUE DIOGÈNK POUVAIT DIBJI
— Et.... cette croyauce.... est une hérésie? demanda le traître en balbutiant.
— Certainement, répondit Pancrace, et une hérésie odieuse. C'est mettre une limite à la miséricorde et au pardon de Celui qui est veau pour convertir non pas les justes, mais les pécheurs. L'Eglise catholique a toujours soutenu et professé qu'un pécheur, quels que soient la noirceur et le nombre de ses crimes, peut, par un repentir sincère et véritable, en obtenir le pardon s'il veut recourir à la pénitence, remède dont elle seule est dépositaire. C'est pos^ cela aussi que l'Eglise a toujours aimé si particulièrement cette parabole du Bon Pasteur, toujours prêt è courir au désert pour y chercher la brebis égarée et la ramener au bercail.
— Mais supposons, dit Torquatus, dont l'émotion allait croissant, supposons qu'un homme qui a eu le bonheur d'embrasser le christianisme, et de recevoir le don sacré du baptême, se laisse entraîner par des penchants criminels et retombe dans les fanges du vice, et — et — (sa voix expirait sur ses lèvres) — et qu'il pousse le crime jusqu'à trahir ses frères. l'Eglise ne le repousserait-elle pas de son sein et ne lui fermerait-elle point toute voie à l'espérance?
— Non, non, répondit le jeune homme: ce sont là précisément lea crimes auxquels les Novatiens font allusion, et pour lesquels ils nous insultent, nous autres catholiques, parce que nous en promettons le pardon. L'Eglise, cette bonne mère, a toujours les deux bras ouverts pour recevoir et embrasser ses enfants égarés.
Une larme se fit jour sous les paupières de Torquatus ; ^es lèvres tremblaient, et étaient prêtes à s'ouvrir pour livrer passage à un aveu qui les brûlait ; mais cela ne dura qu'un instant — comme si, au moment où le repentir lui venait au cœur, un noir poison s'y fût répandu subitement et l'y eût étouffé; le malheureux reprit son regard impassible, dur et froid, se mordit la lèvre, et dit avec un effort mal dissimulé : — Voilà certes une doctrine bien consolante pour ceux que la chose concerne.
Severus seul remarqua ce qui venait de se passer ; il vit qu'une occa- Bion de grâce avait été perdue et qu'une peiisée de désespoir venait d'éteindre, dans l'âm^ de cet homme, la flamme sainte de l'espérance. Diogène et Majus, qui s'étaient écartés un instant pour aller examiner une place où ils se proposaient de creuser une nouvelle galerie, revinrent à ce moment. Torquatus dit au vieillard:
— Nous avons vu maintenant les galeries et les cryptes; je serais curieux de visiter aussi i" église dans laquelle nous aui ons à nous rassembler.
Le digne et trop confiant fossoyeur se disposait à satisfaire à cette demande, mais l'inUexible Severus l'arrêta.
— Je pense, mon père, dit-il, qu'il est trop tard aujourd'hui; vou» savez que nos travaux nous réclament. Nos jeunes amis voudront bien nous excuser, d'autant plus qu'ils auront bientôt l'occasion de voir l'église et dans des circonstances plus favorables, le souverain pontife devant y officier en personne.
Tous se rendirent h cette raison. Ils quittèrent la crypte, et Diogène les reconduisit jusqu'à l'endroit où i's avaient quitté la longuç galerie droite pour visiter la chambre aux peintures. Là, il les arrêta, fit quelque» pas dans un couloir voisin, at leur dit»
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— Quand vous voudrez aller à l'église, vous suivrez ce corridor et vous tournerez la première galerie à droite. Je ne vous ai conduits jusqu'ici que pour vous montrer un arcosolium dont les peintures sont tout à fait dignes de votre attention. Les voici : c'est la Vierge-Mère tenant intre ses bras son divin Enfant et l'exposant à l'adoration des mages de l'Orient représentés ici au nombre de quatre, tandis que, ordinairement, on n'en mentionne que trois a.
Tous exprimaient leur admiration à la vue de cette fresque ; mais Severus avait peine à cacher combien il était désolé de ce que son père eût satisfait si imprudemment au désir suspect de Torquatus en lui indiquant le chemin de l'église d'abord, et en attirant ensuite son attention sur cet arcosolium dont les peintures remarquables devaient inévitablement servir à guider les pas d'un traître, s'il s'en glissait jamais un dans ces lieux.
Dès que les visiteurs se furent retirés, il fit part à son frère de toutes les observations qu'il avait faites, en ajoutant: « Souviens-toi de cet homme : un jour il sera pour nous la cause de bien des maux ; j'ai sur lui d'étranges soupçons, »
Leur premier soin fut de faire disparaître toutes les marques que Torquatus avait faites dans le mur, à chaque angle des galeries ; mais il avait, sans doute, compté les allées latérales, aussi prirent-ils la décision de changer la route qui conduisait à l'église, en comblant le passage qui y menait et en ouvrant une autre communication à un point plus éloigné. Dans ce but et provisoirement, ils firent apporter, à l'entrée d'une des allées latérales qui coupait la galerie principale, tout le sable qui provenait des dernières excavations, et l'y laissèrent jusqu'à ce que les fidèles pussent être instruits du changement que l'on se proposait d'apporter dans ces lieux.