‹ FabiolaChapitre 52 sur 113 · AU-DESSUS DU SOL · texte numérisé non relu

AU-DESSUS DU SOL

nombreuses analogies, et qui, tout comme elle, était philosophiquement honnête et froidement vertueuse. Leur conversation roula tout d'abord sur les opinions à la mode et les croyances du monde élégant. Fabiola se préparait à montrer à sa visiteuse la mystérieuse feuille de vellum, pour voir ce qu'elle en dirait, mais elle s'arrêta comme si elle craignait d'en profaner le mystère. Le lendemain ce fut un vieillard instruit et savant, un homme versé dans toutes les branches de la science et de la littéra ture. m'entretint longtemps, et d'une façon pleine de charme, des doctrines sublimes et consolantes qu'enseignent les anciennes écoles de philosophie. Fabiola fut tentée de le consulter sur sa découverte, mais elle hésita encore, comme si ce papier eût contenu un mystère que le philosophe païen ne pouvait comprendre. Cette noble et hautaine Romaine avait pourtant besoin de lumière et de consolation ; mais pour les trouver, lui fallait-il donc s'adressera son esclave chrétienne? C'est ce qu'elle ût pourtant. La première fois qu'elles se trouvèrent seules, après plusieurs jours consacrés à des réceptions et à des visites, Fabiola tira de son corsage la feuille de parchemin et la montra à Syra. L'esclave tressaillit à cette vue, et une émotion dont sa maîtresse ne s'aperçut point illumina son visage. Lorsque Syra releva la tête, après avoir achevé sa lecture, elle était parfaitement calme.

— C'est un papier, dit Fabiola, que j'ai emporté par méprise de la villa de Chromatins, J'ai lu ces lignes, et je ne puis les éloigner de mon esprit, qu'elles troublent et embarrassent.

— Et pourquoi, ma noble maîtresse ? le sens de ces lignes est pourtant assez simple.

— C'est vrai, c'estmais précisémentcettesimplicité qui me trouble ainsi . Ma nature se révolte contre le sentiment qu'elles expriment ; il me sem ble qu'on doit mépriser un homme qui n'éprouve pas de ressentiment d'une injure reçue, qui ne se venge pas et qui ne rend pas haine pour haine. Pardonner serait déjà beaucoup; mais rendre encore le bien pour le mal I c'est là, à mon avis, exiger de la nature humaine un sacrifice audessus de ses forces. Et pourtant, quoique cette conduite me semble révoltante, je ne puis oublier que c'est précisément pour te l'avoir vue tenir un jour que j'en suis arrivée à concevoir pour toi de l'estime et de l'attachement.

— Oh I ne parlez pas de moi, ma chère maîtresse, mais considérez simplement le principe ; vous l'estimez et vous l'honorez dans d'autres personnes encore. Méprisez-vous ou respectez-vous Aristide, pour avoir rendu service à un ennemi grossier, en écrivant, sur sa demande, son propre nom sur l'écaillé qui le condamnait à l'exil ? Méprisez-vous, eu votre qualité de dame romaine, ou honorez-vous la mémoire de Coriolan pour le généreux pardon qu'il accorda à son ingrate patrie ?

— Il est bien vrai que je les ai tous les deux en grande vénération, Syra; mais tu n'ignores pas sans doute que ceux dont tu me parles étaient des héros et non pas des hommes tel» qu'on en rencontre chaque jour.

— Et pourquoi ne serions-nous pas tous des héros et des héroïnes î demanda Syra en riant.

— Jupiter nous en garde I mon enfant. QuolJe vie nous mènerions &\

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