‹ FabiolaChapitre 7 sur 113 · LK FTL8 DU MARTYR · texte numérisé non relu

LK FTL8 DU MARTYR

Le cœnr de la mère battit-il plus vite qu'à l'ordinaire comme k une première inquiétude, où ses yeuxindiquèroat-ils une plus tendre sollicitude? nous l'ignorons ; mais le jeune homme lui prit la main et la porta allectueusement à ses lèvres, en ajoutant :

— Ne craignez rien, mère bien-aimée, votre fils n'a rien fait qui puisse vous affliger. Dites-moi seulement si vous désirez savoir tout ce qui m'est arrivé aujourd'hui, ou uniquement la cause de mon retard.

— Dites-moi tout, cher Pancrace, répondit-elle : rien de ce qui voue concerne ne peut m'êlre indifférent.

— Eh bien 1 donc, pour la dernière fois que je vais à l'école, la journée me parait avoir été particulièrement bénie, et pourtant elle est pleine d'étranges incidents. D'abord j'ai été couronné premier dans la déclamation * que notre bon maître Cassianus nous avait donnée pour tâche pendant les heures de la matinée, et ceci a amené de singulières découvertes, comme vous allez l'entendre. Il s'agissait de prouver que « le vrai philosophe doit être toujours prêt à mourir pour la vérité. » Je n'ai jamais rien entendu d'aussi froid, d'aussi insipide (je crois qu'il n'y a pas de mal à le dire) que les compositions que mes compagnons ont lues tour à tour. Pauvres amis! ce n'est pas leur faute : quelle vérité peuvent-ils posséder? quels motifs peuvent-ils avoir de mourir pour le soutien de leurs vaines opinions? Mais à un chrétien, quelles délicieuses idées un pareil sujet ne suggère-t-il pas naturellement? J'en ai fait l'expérience. Plein des principes que vous m'avez enseignés, des exemples domestiques que j'ai sous les yeux, mon cœur s'embrasait, ma tête semblait en feu. Le fils d'un martyr pourrait-il sentir différemment ? Aussi, quand est venu mon tour de lire ma déclamation, mes sentiments ont manqué de me trahir d'une manière fatale. Dans la chaleur de mou débit, le mot de « chrétien » s'échappait de mes lèvres au lieu de « philosophe, « et je disais « foi » au lieu de « vérité. » A la première méprise, je vis tressaillir Cassianus ; à la seconde, une larme a brillé dans ses yeux, lorsque, se penchant affectueusement vers moi. il m'a dit tout bas : h Prenez garde, mon enfant, il y a ici des oreilles indiscrètes qui écoutent. »

— Eh quoil interrompit la mère, Cassianus serait-il chrétien? J'ai choisi son école pour vous parce qu'elle jouit de la plus haute réputation sous le rapport de la science et de la moralité, et, en vérité, je rends grâce au Ciel aujourd'hui de l'avoir fait. Hélas I aux temps de dangers et d'inquiétudes où nous vivons, nous sommes forcés d'agir en étrangers dans notre propre patrie, et nous connaissons à peine les visages de nos frères. Certes, si Cassianus avait proclamé sa foi, son école eût été bientôt déserte. Mais continuez, mon cher enfant; ses appréhensions étaient-elles fondées?

— J'en ai peur; car, tandis que la plupart de mes condisciples, sans faire attention à mes méprises, applaudissaient vivement à ma chaleureuse déclamation, j'ai vu les yeux noirs de Corvinus se fixe^ menaçants sur moi, tandis qu'il se mordait les lèvres avec une colère concentrée.

— Et qui est-il donc, mon enfant, celui qui s'est montré si irrité, et pourquoi cette colère?

— C'est le plus âgé et le plus fort, mais, malheureusement, le plus •tupide de l'école. A la vérité ce n'est pas sa faute, n'eat-ce pas? Seulement,

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