‹ FabiolaChapitre 72 sur 113 · I. A PaEMliillB FLEUrl · texte numérisé non relu

I. A PaEMliillB FLEUrl

]ei bras ; et, conm^ elle ne fit aucune résistance, il fut très-faciîe de l'étendre sur cette couche de bois. Les nœuds coulants des cordes toujours prêtes furent, en un ciin-d'reil, passés autour de ses poignets et de 8«»«i chevilles, et ses bras furent violemment ramenés au-dessus de sa tête. La pauvre aveugle ne voyait pas qui faisait tout cela; elle se figurait que c'était la même persorme qui avait causé jusqu'alors avec elle. Le silence des assistants était devenu plus profond encore; ils retenaient leur soufiQe. Cœcilia, pendant ce temps, restait immobile : ses lèvres «etilea remuaient pour prier.

— Une dernière fois, avant d'aller plus loin, je t'invite à sacrifier aux dieux, si tu veux échapper à de cruels tourments, dit le juge d'une voix sévère.

— Ni les tourments, ni la mort, répondit courageusement la victime liée sur l'autel, ne me sépareront de mon amour pour le Christ. Je ne pnis offrir de sacrifice qu'au seul Dieu vivant; etl'oblation de ce sacrifies que je suis prête à faire, c'est moi.

Le préfet fit un signe à l'exécuteur, qui donna un tour rapide aux deux roues du chevalet, autour des treuils duquel les cordes avaient été passées ; les membres de la vierge furent brusquement tendus et tiraillés. La traction n'avait cependant pas été assez forte pour faire sortir les os des jointures, comme l'aurait inévitablement fait un deuxième tour de roue, mais elle avait sufB pour faire souffrir à la victime des douleurs indicibles, un avant-goût de la dislocation. Ces tourments étaient plus pénibles encore, parce qu'elle n'avait pu en voir ni les préparatifs ni la cause, et ils s'augmentaient de toute l'horreur qu'ajoute la cécité à la torture. Un frémissement qui contracta ses traits et une pâleur soudaine témoignèrent pourtant seuls de l'intensité de cette atroce souffrance.

— Ah! ah! s'écria le juge, il paraît que tu sens cela? J'espère que cela va suffire ; obéis, et, à l'instant, tu seras libre.

Mais elle ne parut prêter aucune attention à ces paroles, et, absorbée tout entière dans ses prières, elle continua :

— Je Te remercie, ô Seigneur Jésus-Christ, de ce que Tu m'as permis de souffrir pour la première fois à cause de Toi ; je T'ai aimé dans la paix : je T'ai aimé dans la consolation; je T'ai aimé dans la joie — et en ce moment, dans la souffrance, je T'aime bien davantage encore. Combien il est plus doux d'être, comme Toi, étendu sur la croix, que d'être mémo assis sur une rude couche à la table du pauvre I

— Te moques-tu de moi? s'écria le juge, poussé à bout par tant de dfc douceur. Tu abuses de ma pitié pour toi ! eh bien, nous allons essaye.quelque chose d'un peu plu» fort. Ici, Catulus, et applique sur ses flanc» les torches ardenLes^.

Un frémissement de dégoût et d'horreur parcourut l'assemblée, qui ne pouvait s'empêcher de sympathiser avec la pauvre créature aveugle. Un murmure d'indignation mal contenue s'éleva de les tous côtéc de la salle.

Pour la première fois, Cœcilia s'aperçut qu'elle était entourée d'un?

(1) L«t cheva)et était employé k un double a»a.:;re; d'abord comme instrument immédiat de tortur*. et eniuite pour tenir le corï;B tonda péDiiaut l'a^iplicaiiou d'auirn» V)ttrn>eu'.«. CcIWI du f«u et^it ou ùei [>lu( 'ioi'\x^ùat.

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182 LA PRKMTÈBB FI.EVJR.

foule norobrense. Le rouge modeste de la honte monta à son front <5l envahit son visage et son cou, jusque-là blancs comme du marbre. Le juge irrité s'empressa de réprimer cette tentative d'attendrissement ; le silence se rétablit, et tous purent entendre la victime prononcer cette prière pins fervente encore :

— 0 mon Seigneur I ô mon époux bien-aimé t je t'ai toujours été fidèle! Laisse-moi souffrir les peines et les tortures pour Toi; mais épargne-moi la honte et la confusion aux yeux des hommes. Permets-moi de venir à Toi sans délai, et fais que je n'aie pas h me voiler le visage de honte, lorsque je me présenterai devant Toi.

Un nouveau murmure de compassion s'éleva.

— Catulus I hurla le juge, au paroxysme de la fureur, fais ton devoir, misérable I qu'as-tu donc à rôder ainsi avec ta torche inutile?

L'exécuteur s'approcha et avança la main pour écarter la robe de la martyre, afin de lui appliquer à nu la torture ; mais il la retira aussitôt, et, se retournant vers le préfet, il lui dit d'une voix émue :

— Il est trop tard : elle est morte.

— Morte? vociféra TertuUus, morte d'un seul tour de roue? c'est impossible I

Catulus imprima à la roue un mouvement de recul, et le corps demeura immobile. Il était vrai : la martyre avait passé du chevalet du supplice au trône de la gloire, des mains du juge cruel et menaçant aux bras de son céleste époux. Avait-elle rendu son âme douce et j)ure, comme un suave parfum monté ver? le ciel avec l'encens de la prière? ou son cœur s'étaitii brisé sous la violence de cette première émotion de honte virginale 7

Au milieu du silence d'étonneraent et de terreur qui suivit, une voix claire et juvénile s'éleva hardiment d'un groupe placé près de la port,e :

— Tyran impie, ne vois-tu pas qu'une pauvre chrétienne aveugle a pluf de pouvoir sur la vie et sur la mort qbe toi et tous tes maîtres cruels?

— Comment ? voici , en vingt-quatre heures, la troisième fois que je te trouve sur mon chemin? Cette fois, du moins, tu ne m'échapperas pas I

Ces dernières paroles avaient été prononcées par Corvinus, et accompagnées d'imprécations ; en même temps, il bondit delà place qu'il occupait à côté du siège de son père, courut précipitamment autour de I'enceintf» du tribunal et se dirigea vers la troupe. Mais, dans sa course furieuse, il alla se jeter contre un ofQcier de taille herculéenne, qui, par hasard sans doute, venait à sa rencontre. Le choc fut assez violent pour fajïv» chanceler Corvinus; le soldat le retint en disant ;

— Vous n'êtes pas blessé, j'espère, Corvinus?

-— Non, non, lâchez-moi, Quadratus, lâchez-moï vite.

— Où donc courez- vous ainsi? parlez ; puis -je vous être utile à quelque chose 7 demanda le soldat, sans toutefois lâcher prise.

— Mais laissez-moi donc, vous dis-je^ sans quoi il va s'échapper.

— S'échapper I qui?

— • Pancrace, répondit Corvinus ; c^est lui qui vient d'insulter mon ^ père. i

— Pancrace? dit Quadratus en promenant son regard autour de lui

(1) Il y a dt> aombi -mx «emples dans la, vie de» martyre àe moi-l,s obtenues d« la «ort« pM |j l& prier», teilc» furent c«n«" d« sainte Pr&;4t.4iê,>d* «^into Cécile, ûe «ainte Aa?-*t'8, eto. .

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