‹ FabiolaChapitre 74 sur 113 · IVIII. — RETRIBUTION · texte numérisé non relu

IVIII. — RETRIBUTION

Le pr^'fet de la cité se rendit au palais impérial pour rendre compte des événements qui avaient marqué la journée, et pour faire son possible afin de justifier son indigne fils. Il trouva l'empereur dans les plus mauvaises dispositions, ^'il avait rencontré Corvinus dans la matinée, nul n'aurait osé répondre de sa tête ; et, depuis, le résultat ridicule de son excursion dans le cimetière n'avait fait qu'activer encore la colère du souverain, lorsque Tertullus se présenta dans la salle d'audience. Sébastien avait eu soin de se faire confier la garde de la salle pendant cette entrevue.

— Où est votre stupide fils? telle fut la première parole qui salua le )réfet à son entrée.

— Il attend humblement à l'extérieur le bon plaisir de votre divinité, et il est fort désireux de désarmer votre divine colère pour la manière fatale dont la fortune s'est plu à détruire tous les effets de son zèle.

— La fortune ! s'écria le tyran ; il s'agit bien de la fortune, en vérité ! Cest sa stupidité et sa couardise ; par Jupiter I voilà un joli commencement. Mais il saura ce qu'il lui en coûtera. Faites-le entrer.

Le malheureux fut introduit; tremblant et larmoyant, il alla se précipiter aux pieds de l'empereur, et voulut embrasser ses genoux; mais Maximien, d'un coup de pied, le renversa et l'envoya rouler au milieu de la salle, comme un chien qu'on chfltie. Cette gracieuseté fit rire le divin empereur, ce qui contribua à adoucir quelque peu 8a<îolère.

— Approche ici, misérable, dit-il, relève-toi, et raconte-moi toimême ce qui «'est passé. Comment l'édit s-t-il disparu?

Corvinus débita une histoire pleine d'abàurdités, qui amusa l'empereur par intervalles. Du reste, le tour en lui-même lui plaisait assez. c« îui était un excellent symptôme.

— Eh. bien! dit-il enfin, je veux user de miséricorde envers toi.

RETRlhD'IION.

Licteurs, déliez vos faisceaux. — Les licteurs obéirent, saisirent leurs haches, et s'assurèrent du bon état de leurs tranchants. Corvinu» épouvanté se rejeta aux pieds de l'empereur, en criant :

— Epargnez ma vie ; j'ai d'importantes révélations à faire, si vous me laissez vivre.

— Et qui parle de prendre ta vie? qu'en ferait-on, vraiment? répondit le généreux Maximien. Licteurs, laissez là vos haches, les verges suffiront.

En un moment Corvinus fut saisi, ettaclié, dépouillé de sa tunique, et une grêle de coups dp verges, fort habilement et fort régulièrenjent portés, tomba sur ses épaules. Le misérable poussait de lamentables hurlements et se tordait de douleur, à la grande jubilation de son impérial souverain.

Honteux et tout endolori, Corvinus revint se placer devant son terrible maître, qui lui dit :

— Et maintenant, dis-nous les révélations importantes que tu as à nous faire.

— Je sais qui a commis l'outrage de la nuit dernière contre l'édit Impérial.

— Et qui est-ce?

— Un jeune homme, nommé Pancrace, dont j'ai trouvé le couteau par terre au-dessous de l'endroit où l'édit avait été affiché.

— Et pourquoi ne l'as-tu pas arrêté et livré à la justice?

— Deux fois aujourd'hui j'ai failli le saisir, car j'ai reconnu sa voix, et deux fois il m'a échappé.

— Eh bien , je te conseille fort de ne pas le laisser échapper une troisième fois, car tu pourrais fort bien avoir à payer pour lui. Mais comment le connais-tu? comment surtout l'as-tu reconnu à son couteau?

— Il a été mon condisciple à l'école de Cassianus, lequel, à ce qu'oD a découvert depuis, s'est trouvé être aussi un chrétien.

— Un chrétien qui se permet d'instruire mes sujets, pour en faire dei ennemis de l'empire, des sujets traîtres k leurs souverains, et leu: apprendre à mépriser les dieux I Je suis sûr que c'est lui qui a poussi cette petite vipère de Pancrace à arracher notre édit impérial. ... Ce Cassia nus, sais-tu où il est?

— Oui, César; Torquatus, qui a abjuré la superstition chrétienne, m l'a appris.

— Lt quel est ce Torquatus, s'il te plaît?

— C'est un jeune homme qui a vécu pendant quelque, temps av€ Chromatius et une troupe de chrétiens dans la villa de l'ancien préfet.

— Ahl bien, de mieux en mieux! Est-ce que l'ancien préfet sera devenu, par hasard, un chrétien, lui aussi?

— Oui, et il vit en Campanie avec un grand nombre de disciples < cette secte.

— Quelle perfidie ! quelle trahison ! je finirai par ne plus savoir à q me fier, vraiment I Préfet, envoyez sur-le-champ quelqu'un pour arrô» tous ces gens-là, et avec eux le maître d'école, et Torquatus auisi.

— Torquatus n'est plus chrétien , se hasarda à faire observer le ju|

Page 1