‹ FabiolaChapitre 75 sur 113 · RÉTRIBUTION · texte numérisé non relu

RÉTRIBUTION

— Eb I que m'importe? répliqua brusquement l'empereur; arrêtez-en le plus que vous pourrez et n'épargnez personne. Et faites-les bien souffrir; vous me comprenez? Maintenant, retirez-vous tous; c'est l'beure de mon souper.

Corvinus rentra chez lui, et, en dépit des remèdes qu'il s'appliqua, il eut la fièvre toute la nuit. Quand vint le matin, il pria son père de lui confier l'expédition ordonnée par l'empereur dans la Campanie, afin qu'il y pût trouver l'occasion de relever sou honneur, de satisfaire sa vengeance et d'échapper à la disgrâce et aux sarcasmes qui ne devaient pas manquer de le poursuivre dans tous les rangs de la société romaine.

Lorsque Fulvius eut déposé sa prisonnière aux portes du tribunal, il se bâta de retourner à sa demeure, pour faire, comme à l'ordinaire, le récit de ses aventures à Eurotas. Le vieillard écouta avec une froideur parfaite ce récit funèbre ; puis, quand son maître eut fini ;

— Nous aurons fort peu de profit de tout cela, dit-il à Fulvius.

— Soit, nous n'aurons pas de profit immédiat ; mais nous aurons une excellente aubaine en perspective, du moins.

— Comment cela?

— Comment cela? mais la belle et riche Agnès n'est-elle pas en mon pouvoir? Je me suis assuré, enfin, qu'elle est chrétienne; et, grâce à cette certitude, je puis ou la gagner i mes desseins, ou ia perdre. Dans un cas comme dans l'autre, ses biens m'appartiennent.

— Choisissez la seconde alternative, dit le vieillard avec un sinistre regard , mais sans qu'un muscle de sa physionomie bougeât ; c'est le moyen le plus court à la fois et le plus facile.

— Mais mon honneur est engagé dans l'aventure ; je ne puis pas me laisser mépriser de la manière que je vous ai dite.

— Il n'en est pas moins vrai que vous avez été méprisé, et cela crie vengeance. Vous n'avez pas de temps à perdre en bagatelles, souvenezvous-en. Vos fonds sont presque épuisés, et rien ne rentre. Il /awf frapper un coup.

— Mais sans aucun doute, Eurotas, vous préféreriez me voir acquérir ces richesses par des moyens honorables plutôt que par des moyens honteux?

Eurotas ne put s'empêcher de sourire à la pensée que cette considération pût jamais être de quelque poi^.s pour son maître ou pour lui.

— Il faut de l'argent, dit-il, il en faut; procurez-vous-en, n'importe de quelle manière, pourvu qu'elle soit prompte et sûre. Vous connaissez votre pacte. Ou la famille sera rétablie dans sa fortune et sa splendeur, ou elle finira avec vous et en vous. Elle ne se traînera jamais dans la honte, c'est-à-dire dans la pauvreté.

— Je le sais, je le sais bien ; il est inutile que vous me rappeliez tous les jours cette dure condition, dit Fulvius, se tordant les mains et frissonnant de tout son corps. Donnez-moi du temps seulement et tout ira bien.

— Je vous donne du temps jusqu'à ce qu'il ne reste plus d'espoir. Les choses ne se présentent pas d'une manière bien brillante pour le moment; mais, Fulvius, il est temps que je vous disequi je suis.

— Comment, n'étiez-vous pas le fidèle serviteur de mon père, qui m'a confié à Vos soins?

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