‹ FabiolaChapitre 83 sur 113 · LA PRISON · texte numérisé non relu

LA PRISON

les Actes authentiques des saintes Perpétue et Félicité. II est vrai qu'ils jout lus avec plus de profit par l'érudit daus le texte original de la latinité africaine ; mais nous espérons que bientôt nous pourrons avoir une bonne traduction de ces documents précieux des premiers âges du christianisme, avec quelques autres de même importance. Les Actes que nous venons de mentionner sont les mêmes qui furent connus de saint Augustin, et ou ne peut les lire sans éprouver une profonde émotion.

Que le lecteur compare la sensibilité morbide et l'excitaLun exagérée qua tenté de produire un écrivain français moderne, en rédigeant îe jourual imaginaire d'un condamné à mort, depuis son arrêt jusqu'à l'approche immédiate de l'exécution — avec la simplicité émouvante et le ton de vérité charmante qui régnent dans le récit de circonstances analogues fait par Vivia Perpétua, jeune fille de vingt ei un ans : il n'hésitera pas à conclure que les simples récits du christianisme l'emportent infiniment en grâce, en naturel et eu intérêt, sur les plus audacieuses fictions de la poésie. Aussi, quand nos esprits sont attristés ou que les persécutions tracassières de notre époque poussent nos faibles cœurs au murmure, nous ne pouvons mieux faire que de tourner nos regards vers cette légende dorée, et qui mérite ce nom parce qu'elle est vraie, ou vers l'histoire des nobles martyrs de Vienne ou de Lyon, ou vers tant d'autres récits semblables qui existent encore de nos jours, pour retremper notre énergie et notro courage par la contemplation de ce qu ont fait et soufî"ert sans murmurer, pour la gloire du Christ, des enfants et des fer'^mes, des catéchumènes et des esclaves.

Mais nous nous éloignons de notre récit. Pancrace, arrêté avec une vingtaine de condamnés dont Catulus avait fait choix pour les combats du cirque, fut chargé de fers, et tous, rivés à la même chaîne, furent conduits en prison à travers les rues de Rome. Pendant ce trajet, long et pénible, les gardes qui les conduisaient ne leur /épargnaient ni violences, ni brutalités, et tous les passants qui se trouvaient à portée de les atteindre leur prodiguaient également, sans pitié ni remords, les coups et les bourrades. Les plus éloignés leur jetaient des pierres et des immondices à la tête et les accablaient des plus ignobles injures *, Ils arrivèrent enfin à la prison Mamertine ; dans le cachot où on les jeta, ils trouvèrent d'autres victimes des deux sexes qui attendaient le jour du sacrifice. Le jeune homme n'eut que le temps, tandis qu'on lui mettait les menottes, de prier un de ceux qui l'avaient arrêté d'aller informer sa mère et Sébastien de ce qui venait d'arriver ; et pour prix du message, il lui glissa sa bourse dans la main.

Les prisons de l'ancienne Rome n'étaient pas des lieux oti le pauvre pût désirer d'être enfermé dans l'espoir d'y trouver un meilleur gîte et de meilleurs repas que dans sa demeure. Deux ou trois de ces alfreux donjons existent encore aujourd'hui ; et il nous suffira de décrire brièvement celui que nous venons de nommer, pour donner aux lecteurs une idée de ce qu'il en coûtait pour confesser la foi chrétienne, indépendamment du martyre, qui était souvent la conséquence de cette confession.

La prison RIamertine est composée de deux chambres carrées sùuter • raines, placées l'une au-dessus de l'autre, avec une seule ouverture ronde

(1) Voir 1« récit d« 8r:it Pothiniu Ruinart, I, p. 145 Edit. Aug. 180}.

Page 1