‹ FabiolaChapitre 87 sur 113 · LK VIATIQUE · texte numérisé non relu

LK VIATIQUE

— Ma jeunesse, saint père, sera ma meilleure protection. Oh ! ne me refusez pas cet immense honneur I

Et des larmes brillaient dans les yeux de l'enfant, et ses joues s'empourpraient d'une émotion modeste en disant ces paroles. Et il étendit de nouveau ses mains vers le prêtre, et il le supplia d'un ton si plein de ferveur et de courage, que le saint homme ne put résister.

Il prit le sacrement du divin mystère, l'enveloppa respectueusement dans un linge blanc, le couvrit d'une seconde enveloppe, et le remit entre les mains de l'enfant en disant :

— Souviens-toi, Tarcisius, qu'un céleste trésor est confié à tes faibles soins. Evite les endroits publics trop tumultueux, et n'oublie pas que les choses saintes ne doivent point être distribuées aux chiens, que les perles ne doivent point être jetées aux pourceaux. Tu garderas avec fidélité ces dons sacrés de Dieu.

— Je périrai plutôt que de les livrer, répondit le pieux jeune homme en plaçant le céleste dépôt dans le haut de sa tunique.

Et, d'un air recueilli, il partit pour accomplir sa mission. On pouvait voir sur sa physionomie l'expression d'une gravité au-dessus de son âge, quand il traversait d'un pas léger les rues de la ville, mettant un soin égal à éviter les places trop populeuses et les rues mal famées.

Comme il approchait de la porte d'une vaste maison, la maîtresse du logis, riche matrone sans enfants, le vit venir, et fut frappée de la beauté et de la douceur de ses traits. Et il était beau à voir, en effet, marchant rapidement, les bras croisés sur sa poitrine.

— Arrête un instant, mon enfant, dit-elle en se plaçant sur son chemin ; dis-moi ton nom et apprends-moi où demeurent tes parents.

• — Je me nomme Tarcisius; je suis orphelin, répondit-il, en levant les yeux avec un sourire, et je n'ai pas de demeure, si ce n'est un endroit qu'il ne vous serait peut-être pas agréable d'entendre nommer.

— Alors entre dans ma maison et prends-y quelque repos-; je désire te parler. Oh 1 si j'avais un enfant comme toi I

— Pas maintenant, noble dame, je ne puis entrer maintenant. On m'a confié l'accomplissement d'un devoir sacré et solennel, et je ne puis différer un moment de le remplir.

— Alors, promets-moi du moins de me venir voir demain, cette demeure est la mienne.

— Si je vis demain, je viendrai, dit l'enfant avec un regard inspiré qui le faisait ressembler à un messager d'un autre monde.

Puis il s'éloigna. Pendant assez longtemps la dame le regarda s'éloigner, et, après quelque hésitation, elle se décida à le suivre. Mais bientôt elle entendit un grand tumulte accompagné de cris horribles qui- la glacèrent d'épouvante; elle s'arrêta... les cris cessèrent et elle continua sa route.

Cependant Tarcisius, l'esprit préoccupé dépensées plus élevées que celle d'être un jour l'héritier de cette noble matrone, marchait en hâte vers la prison ; pour il y arriver, il avait à traverser une grande place où des enfants, échappés d'une école voisine, commençaient leurs jeux.

— Il nous manque quelqu'un pour notre partie ; comment allonsnous faire? venait de dire le chef de ia baude.

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