‹ FablesChapitre 11 sur 60 · LE MARI, SA FEMME ET LE SAC DE PLUMES · texte numérisé non relu

LE MARI, SA FEMME ET LE SAC DE PLUMES

Une fermière, au temps jadis, Excellant dans les commérages, Nemait le trouble au sein de paisibles ménages. Nul ne croira ce que je dis, Excepté pourtant les maris.

Instruit de sa conduite infâme, Le sien donc, sage, aimable et doux, (Comme ils le sont à peu près tous), Loin d'étriller sa pauvre femme, Prend un modeste sac. de plumes le remplit.

Puis dit à sa compagne :

« Toinette. suivez-moi. » Toinette le suivit. Après un long trajet sur un chemin maudit. Les voilà sur une montagne.

La nature était sans attraits ; L'aquilon, avec violence, Balançait, de son souffle immense,

Le chêne géant des forets ;

Tout ployait. L'autre alors dénoue

Le sac de plumes qu'il secoue

Et répand au milieu des airs.

Le vent les porte en cent endroits divers. « Allons, à l'œuvre ! à l'œuvre, vite ! Dit gravement Jean-Pierre à Toinctte interdite.

Ces plumes sont à ramasser. »

« Jamais répond la femme, y pcnses-lu, Jean-Pierre,

Depuis quand suis-je une sorcière?

Commande avec bon sens j je suis femme etfermière . Voilà ma tctc prête à courber sous ta loi, Mais tenter l'impossible est impossible à moi. »

« J'en conviens, répond l'homme sage; Mais si ce long travail fait peur à ton courage, Le mal qu'a répandu, partout dans le village,

Contre tel couple et tel ménage,

Ta langue vendue au démon.

Comment le recueillera-t-on ?

Reconnais aujourd'hui ta conduite coupable, Femme, et grave en ton cœuj' ce dicton charitable Diffamer le prochain est mal irréparable. » Cela dit, nos époux rentrent à la maison.

Ce conte est vieux, medira-t-oUj

— ùt —

Comme Adam, Moïse ou Platon.

Eh I Messieurs, qu'importe son âge?

En ces vieux temps, prêtres dans le ménage. Les pères inquiets veillaient sur leurs enfants, Etouffaient leurs erreurs et leurs défauts naissants ; Non seulement ils donnaient à leurs femmes

L'exemple saint bien entendu.

Mais aussi les conseils qui transforment les âmes.

Et cet usage s'est perdu.

Page 1