LE SO^'GE DU TAHXEUR
Une nuit, sur Taile d'un songe, Un tailleur, un voleur, devant Dieu fut porte. (Ce trait moral ne peut être un mensonge :
Un Gaseon me Ta raconté^ .
Devant notre liomme épouvanté, Un ange courroucé, Tange de la Justice,
Dresse une enseigne accusatiicc Où vingt morceaux de drap différents de couleur, Pendaient confusément et criaient : au voleur! Le tailleur jette alors des cris épouvantables
Au milieu des élus surpris ;
Jamais les anges étourdis
>''en n'avaient ouï de semblables
A la porte du paradis.
« Dieu terrible et vengeur, dit-il en sa détresse, Pardonne à mes remords, pardonne à ma faiblesse.
J'ai trahi ta divine loi :
Aujourd'liui je tais la promesse,
Sur mon honneur et sur ma foi, De ne plus dérober Oui, Seigneur, je préfère
Mourir, s'il le faut, de misère.
Je lenonce aux larcins, même aux désirs jaloux ;
Le bien d'auirui n'est point à nous. » Ainsi dit, il s'éveille et raconte son rcve,
Puis en ces mois parle au garçon :
K Si sur les draps nia main prélève
Désormais le moindre coupon, iS"aUendspasque la honte ouleremordm'étreignc,
Crie aussitôt : « Maitre, l'enseigne ! •» Le garçon lui promit, sur la foi du serment. L'homme au songe, un beau jour, taille un grand vctc.iienl,
Habit de prince apparemment ;
En découper une largeur modeste
Est mal léger : le diable aura le reste. Ainsi ditle tailleur. Et crac! habilement, Dans le tiroir, pour Jean, tombe une veste ;
Cet usage de père en fds.
Dans la maison s'était toujours transmis. « Et l'enseigne, l'enseigne ! au même instant répète- Le joyeux garçon qui le guette.
« L'enseigne! reprit l'autre, eh! j'y pensais aussi, Mais elle n'avait pas de cette étoffe-ci. »