LES CHEVRES QUI DEMANDENT DES CORNES
Les chèvres autrefois, de cornes dépourvues,
Dirent à Jupin, roi des nues :
« 0 Jupin, regarde nos fronts:
Point d'armes ; cependant sur la boule où nous sommes On rencontre des loups, des enfants et des hommes,
Gens vils, scélérats et fripons ; Eh! bien, 6 Jupiter, arme nos fronts de cornes, Et tout en admirf^nt ta puissanc'e sans bornes,
A jamais nous te bénirons. »
« Mes filles, dit le dieu, vous voilà satisfaites. » Des cornes à l'instant poussèrent sur leurs têtes j
Une épaisse barbe au menton
Compléta même un si beau don.
« 0 Jupin, s'écrièrent-elleSj
Lne barbe à des demoiselles, Plaisantez-vous ? en tout cas, grand merci, Heprencz votre barbe et les cornes aussi, m
Et les voilà criant, des jours, des nuits entières : Jupin fut sourd à leurs prières.
Leçon à vous, mâles beautés, Qui, prcf(;ranl une plume à l'aiguille,
RégTiez sur le Parnasse et non dans la famille.
Croyez-moi, descendez de ces monts enchantes ; il vous faudrait, pour marcher sur nos traces,
Jeter dans le sentier la couronne des Giàces : Oh ! n'en fa i les pas l'aiiandon j Elle vous sied trop bien, Mesdames :
Vous éles femmes, restez femmes, Ou gare la barbe au menton I