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LES DEUX PERRUCHES

Dans les pnys amcricnins, Vivaient jadis deux perruches charmantes.

Elles avaient dresse leurs lentes Au bord des flots, sons les yeux des marins Celait se placer dans leurs mains.

On les convoite, on les épie, Et voilà qu'à Tune est ravie La liberté; c'était plus que la vie.

On lui dresse pour logement Une humble cage, au fond du bâtiment ;

Et là, tristement renfermée, Loin d'accuser les dieux de son sort inhumain. Elle bénit les dieux en pleurant son destin : Heureuse encorde n'être pas plumée !

Un mois entier s'écoule en ce séjour, Songeant et la nuit et le jour A la perruche son amie.

Ce somcnir pesait sur son cœur et sa vie :

L'absence est si lourde à Tamour I Un matin, par hasard ou plutôt par adresse, Elle part en jetant un long cri d'allégresse.

L'heureux oiseau, loin du vaisseau maudit. Retrouve le bon air, la force etTappétit, Et, contemplant les flots en courant sur la grève, Il rêve le bonheur, hélas ! c'est bien un rêve. Il regarde les mats et les voit tous déserts: 11 vole dans le bois, il monte au haut des airs

En s'écriant, Tàme toute éperdue :

«■ Ma sœur, ma tendre sœur, qu'est-elle devenue?

Peut-être, faible et sans secours, Elle succombe au mal qui me dévore.

Mais n'importe, ô destin, rendez-la moi toujours : Avec elle souffrir, c'est du bonheur encore. » Un vautour s'offre alors à son regard subtil : Gare à notre perruche ! Un semblable péril Voulait de la prudence et l'amour en a-t-il ?

Aussitôt la bête innocente Approche du vautour sans trouble et sans effroi, Et lui dit : « Votre humble servante.

S'adresse à vous, illustre roi,

Bien souffrante et bien consternée:

D'un oiseau d'Amérique, humble et vert comme moi,

Me diriez-vous la destinée ? »

L'autre répond : « Parbleu ! je l'ai mangé. » La perruche à ces mots du vautour prend congé.

En perruches la terre abonde ; Quand rintérêt,ramour, ces deux maîtres du monde Ont jeté dans nos cœurs leur semence profonde

A droite^, à gauche aveuglément, Nous cherchons le plaisir où la mort nous attend.

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