LE CHARRETIER ET LES CHEVAUX
Une lourde cliarrcltc aux flancs pleins de cristaux.
De verres, bouleillcs et pois,
Enfin, bref, portant du fragile, Montait une grand"cùte en sortant de la ville. Deux chevaux, aniaigris par l'àgc et les maliieurs, Traînaient avec efî'opt la voilure pesante.
Et leur marche pénible et lente Rappelait à l'esprit Sisyphe et ses douleurs. Ils imploraient en vain une main secourable.
Le charretier impitoyable,
De jurons et d'horribles coups Les aidait à monicr celle côle ciïrovablc.
L'humanité pourtant habite encor chez nous. De fatigue excédé, tout suant, hors d'haleine Enfin jusques au haut l'attelage se traîne. Un instant de repos ranime sa vigueur, Puis, n'écoutant que la fureur.
Vers la descente, au pas vengeur,
Le voilcà qui se précipite, ' Verres, porcelaines et pots,
Tout cela se heurte et s'agite, Tout cela moule en l'air et retombe en îuorceaux ; Le charretier accourt, vomissant de gros mots !
<« Arrête, voilure maudite, Ehî là-bas! Ah ! mon Dieu! mes verres et mes pots! »
L'attelage entend ces propos,
Et descend encore plus vite.
Notre homme, à bout de soupirs et de cris, Rejoint enfin le char et regarde, surpris :
11 n y trouva que des débris.
Maudissant sa conduite et criminelle et sotie.
Le cœur du vieux rustre changea:
Il pleura son malheur cl reconnut sa faute:
Il (il plus, il se corrigea.
Maîtres, laissez aux Ibiis les accès frénétiques ; Plus de moyens cruels, s'il en est d'énergiques. Tout écolier se prend au miel de la douceur ; Placez comme un trésor la crainte dans son cœur, Non celle du bâton, mais celle du Seigneur. La douceur fait plier, la violence brise;
— yl —
Pratiquez avec soin cette sainte devise.
Et vous direz un jour d'un vrai zèle animé :
Je pourrais être craint, je préfère être aimé.