MÉDOR ET SON FILS
Médor, illustre chien, avait un jeune fils, Faible, timide encore et partant bien soumis ; Mais comme la nature en soi-même maudite, En approiivant le bien au mal se précipite ,
Son père l'clevail, dit-on, Dans la crainte des dieux et celle du bâton. « Mon fils, lui disait-il, éloignez voire vue
Des morceaux bons et prohibés :
Combien de nos pareils honteusement tombés,
En ouvrant leur bouche goulue
Aux mets exquis et dérobés î Ne les imitez point, la vieillesse venue ,
Les doux iai cins. petits ou gros
Souvent sont gravés sur le dos. »
Ainsi parlait l'année entière.
A son fils le père Mëdor
Et l'enfant Fécoulait encorj 3rais un vil corrupteur, qu'il appelait son frère, Accourait et soufflait sur Touvrege du père. « Eh ! quoi, répétait-il au crédule marmot, Veut-on faire d"un chien un capucin austère?
Xous avons pour unique lot D'humbles morceaux gagnés ou pris d'assaut.
On vient encor nous les défendre.
Mon ami, croyez-en le meilleur des amis:
Le vrai mal est de ne rien prendre,
Et le plus grand est d'être pris ; Trottons, pillons, volons sur la machine ronde,
Agissons comme tout le monde.. »
Le mal s'apprend plus vite que le bien, Et j'en donne pour preuve, hélas ! mon petit chien. Un soir, loin du chenil, tout joyeux il s'élance
>''emportnnt que son innocence.
Aux regards du jeune fripon
S'offre une épaule de mouton
Toute saiijnante et toute fraîche:
Il avance, il recule, il la flaire, la lèche,
Et puis , et puis, cédant à la tentation
Il y fait une large brèche :
Le maître par derrière arrive à petits pas :
En vain honteux, l'oreille basse,
Le coupable demande grâce.
Dans le cœur d'un boucher la pitié n'entre pas. Il s'arme d'un bàlon et frappe sans mesure
La misérable créature, Tant et si bien que le pauvre petit Au milieu du chemin se traîne et rend l'esprit.
Enfant, veux-tu vieillir sans honte et sans faiblesse.
D'un ami corrompu préserve ta jeunesse;
Les méchants, les pervers font un peuple nombreux;
Fais donc un choix avec sagesse.
Le nxeiileur des amis est le plus vertueux.
L'OCTOGÉ^NAIRE ET LÉCOLIER.
Certain vieillard octogénaire, Un de ces bons vieillards que Ton aime et vénère,
Assis au bord d'un grand chemin, Roulait préoccupé deux poires dans sa main:
Un écolier vient le distraire.
Le vieillard lui sourit et l'interroge ; enfin, Une poire, une seule est ofTerle au gamin,
Un enfant ne refuse guère :
Il la prend aussitôt, la mange et considère
La main de l'homme généreux, Pendant que doucement la poire se digère : « Ehibien, que fais-tu là, lui ditrcxcellent vieux?)
— « Monsieur, répond le bon apôtre.
J'attends que vous me donniez l'autre. »
La femme sait unir la grâce à la beauté j L'enfant nous plait surtout par sa simplicité.