LA DINDE, LE DINDONNEAU ET LA BELETTE
C'était fcle à la basse-cour.
Les bruyants habitants de cet heureux séjour, Réunis sous la main d'où tombait l'abondance, Jasaient, parlaient de tout, excepté d'abstinence ;
Les cris et les hilarités,
D'ici, de là, de tous côtés,
Partaient avec un bruit immense ;
On aurait dit une séance
De la chambre des députés.
Tandis qu'ainsi cette ioule bruyante
Riait et mangeait tour-â-tour.
Seule, une vieille dinde, amaigrie et dolente. Au dindonneau son fils, témoignait son amour : « Je l'adore, le vante, et je devrais me taire , Dit-elle, car peut-être au prochain carnaval, Sa tète tombera sous le couteau fatal ;
Dans un état comme le notre,
Naître et mourir sont si près l'un de Tautre I » La belette perfide écoutait ces propos.
Cachée au sein d'épais fagots.
Elle dit : « J'aurai cette proie.
Vivent les jolis dindonneaux I »
Frémissant d'espoir et de joie Elle tombe au milieu des malheureux oiseaux, Et tandis que chacun s'enfuit dans l'épouvante Elle atteint sa victime et l'emporte mourante.
Avis, bonnes mamans : lorsqu'on voit un enfant Tomber au sein du crime ou du libertinage,
On pourrait s'écrier souvent.
Mère aveugle, c'est ton ouvrage.
Gl —