LE COLLEGIEN ET LE GARDE-FOU
Avec quatre planches légères,
Sur un ruisseau large et profond
On avait fait un petit pont 5 Et comme en cet endroit bergers, propriétaires, Passaient et repassaient allant je ne sais où,
Ce pont avait un garde-fou.
Un collégien de village,
Jeune étourdi que le latin Avait rendu non moins sot mais plus vain,
Un jour méprisait cet ouvrage.
ce Eh ! parbleu, disait-il, avec un fier dédain. Belle précaution ! pense-t-on qu'à mon âge
On ne peut franchir ce passage
Sans garde-fou, sans appui-main, Nous verrons : )> A ces mots il arrache, mutile.
Cet appui-main, bois inutile
Qu'un propriétaire imbécile
A, sans doute, dit-il, rcvc dans son cerveau. Son travail terminé, sur la planche fragile,
Le voilà qui s'avance agile, Songeant à son exploit, un peu plus qu'au ruisseau; Il glisse et tombe au fond de l'eau.
Lois, préceptes, conseils où notre âme s'appuie, Garde-fous précieux de l'homme et de l'enfant,
Sans votre secours tout puissant
Qui pourrait traverser la vie ?