LES PINSONS ET LA CHOUETTE
Au pied d'un mont géant, noir séjour des tempêtes, S'élevait un grand arbre où nichaient des pinsons :
Dans le nid on voyait les tètes
De quatre petits oisillons Gais, tapageurs, d'un naturel volage.
Et montrant un esprit plus vieux que leur plumage. Leurs bons parents aussi, d'un œil fier et jaloux Les montraient aux oiseaux de tout le voisinage,
Plaisir légitime et bien doux :
Depuis tantôt une semaine La famine cruelle aux longs doigts amaigris, Promenait son squelette à travers le pays. Père et mère pinson dans la crainte et la peine. Dirent à leurs petits ^ « Priez, jeunes enfants, Car pour l'oiseau du ciel s'ouvre un rude printemps.
Là bas, derrière ces montagnes,
Il est de fertiles campagnes.
Ainsi l'ont assuré des gens dignes de foi. Nous y prenons l'essor. . .Vous pleurez, et pourquoi?
' Ignorez-vous notre misère, Ou voulez-vous mourir sous l'œil de votre mère? Vivez contents, vivez unis, Vous défiant de tous nos ennemis.
Chouette, enfant, oiseleur et le reste.
Fléaux aussi cruels que la faim et la peste. Ce voyage pénible à grand vol se fera 5
Un jour au plus nous suffira. »
Cela dit, dans les airs notre couple s'élance.
Plein de tristesse et d'espérance, La nuit vient : les petits, déjà moins soucieux, Au doux sommeil livrent leurs yeux.
Et lorsqu'au ciel parut l'aurore.
Le lendemain ils dormaient tous encore.
Age heureux ! Cependant on s'éveille à la fin,
En s'écriant : « Mère, nous avons faim. » A leurs gémissements, la Chouette attentive. Haletante, affamée, au bord du nid arrive.
(( Allons, dit-elle, mes petits, Dans mon cœur maternel déposez vos soucis, Vous souffrez ? — Hélas ! oui, la faim nous aiguillonne ; — Et vos parents, mes bons amis ; N'appartenez-vous à personne ?
— Nous avons des parents chéris, Mais voyant la misère en notre humble logis, Dans l'espoir de trouver un butin nécessaire, Là bas, bien loin, ils sont partis.
— Et maintenant que prétendez-vous faire, Seuls en ce malheureux pays, Exposés à la faim, aux vents, aux ennemis ? Avancez, approchez de votre bonne mère, Ahî combien, tous les ans, de semblables petits En passant par mon bec montent au paradis I Partez ! au ciel vous trouverez, sans doute, Vos bons parents, deux étourdis Que l'implacable mort aura frappés en route. » Après ces mots, nos oisillons trahis, S'en vont ensemble au noir rivage.
Notre espi'it chagrin et volage La nuit, le jour enlj'cprend maint voyage, Dans le pays de l'or et des illusions :
Craignons un perfide mirage :
La douleur et la mort peuplent ces régions.
Nous nous trompons d'étrange sorte,
Lorsque au loin nous allons courir ; L'aisance et le bonheur gisent à notre porte :
C'est à nous de savoir ouvrir.