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LES DEUX FRERES

Deux frères, autrefois sages et bons amis, Jouissaient des plaisirs que l'amitié dispense:

Mais un jour la discorde avance

Et divise ces cœurs unis. Un soir, après un jour de course dans la plaine.

Pour rafraîchir leur aride gosier,

I!s montent sur un cerisier j De branche en branche on saute, on se promène. Le besoin, le plaisir en ce lieu les enchaîne. Mais voilà que s'élance avec plus de fureur Le serpent de la haine assoupi dans leur cœur : Une cerise, un rien amène la dispute.

On s'injurie, on se menace, on lutte

Des pieds, des mains violemment :

Mais le combat ne dure guère :

Soudain la branche casse ei les voilà parterre

Gisant tous deux sans mouvement.

Ah I du moins, si tout près était leur pauvre mère, Mais, las ! par même un étranger, On dirait que le ciel a voulu se venger De leur haine et de leur colère.

Enfin l'un d'eux avec effort.

Lève la tête et dit : « Ah ! mon frère, es-tu mort? — Non, mon frère, et toi ? — Pas encore. Mais un grand chagrin me dévore.

Nous sommes deux méchants,soyons bons désormais

Que dans l'affection, la charité, la paix, Un baiser fraternel nous unisse à jamais ! Aimons-nous : n'est-ce pas le vœu de notre mère ? Nous avons vécu désunis Aussi le ciel nous a punis. »

Après ces mots suaves, pleins de charmes, Entremêlés de sanglots et de larmes, A la maison, clopin dopant, On s'en alla tout doucement :

Ils guérirent bientôt sans docteur ni remède, Et le bon Dieu leur vint en aide !

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