‹ FablesChapitre 52 sur 60 · LE DÉCROTTEUR ET LE CHARLATAN · texte numérisé non relu

LE DÉCROTTEUR ET LE CHARLATAN

Sur un trottoir de la belle Lutèce, Un décrotteur en ses vieux ans, Privé de fortune et d'enfants Demandait au labeur le pain de sa vieillesse.

« La paresse engendre le mal, Disait-il ; le travail ennoblit et soulage ; Débauche, paresse et chômage Amènent droit à l'hôpital.

Travaillons î Mais en vain j'appelle Souliers poudreux, souliers mignons, Nouveau chien de Jean de Nivelle, Chacun me montre les talons.

Le diable seul peut dire où nous allons. Aujourd'hui tout s'élAve ou prend forme nouvelle. Les ateliers obscurs se dressent en salons, Les pauvres en banquiers, les femmes en ballons , Tout grossit, hors ma clientèle. »

^ Iî20 —

Un charlatan s'avance et gravement lui dit : (( J'entends que du siècle on médit, Bonhomme ! cachez-vous ou montez dans la nue.

Car tout le monde l'applaudit :

Au fait, vous insultez le dieu qui vous nourrit I » — a Eh! puis-je le vanter ce grand siècle maudit Dont la main pleine d'or m'a jeté dans la rue? Je ne voudrais, pour mes vieux ans, Que du travail, seul hien des pauvres gens.

Et vainement, à plein courage, Du geste et de la voix je demande l'ouvrage ;

Partout des pieds indifférents

Ah! j'en aurais hien davantage Si comme tels et tels, je volais mes clients. »

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