LE CEDRE ET LE BUISSON
Sur unsommet désert où sifflait l'aquilon,
Au pied d'un cèdre altier fleurissait wn buisson.
Plein d'amertume et de furie
L'arbuste nain un jour s'écrie,
En regardant son protecteur :
« — Puisse bientôt, la hache aiguë —
Faire descendre de la nue
Ce majestueux oppresseur !
Sa puissance orgueilleuse insulte à ma faiblesse, Sa taille et sa grosseur, tout m'irrite et me blesse. »
Ainsi, dit-il, car dans son sein, L'aveugle jalousie a glissé son venin.
Huit jours après vient le propriétaire^,
Les bras nus et le fer en main ; Il regarde, il admire et se résigne enfin
A frapper l'arbre séculaire.
Non sans pleurs : le besoin est le tyran des cœurs :
Ainsi que le foyer le champ a ses douceurs.
« — Vive Dieu ! voilà mon affaire, Murmure le buisson tout bas -, A qui brava la foudre on porte le trépas j Eh! bien, meurs!» Il se tut, car atteint dans sa base, Le cèdre crie, éclate et tombe avec fracas
Sur le buisson nain qu'il écrase.
Peuple, sache apaiser tes jaloux appétits 5 C'est à l'ombre des grands que vivent les petits.
LE SLNGE DEVENC BARBIER.
Un certain Fagotin, vieux singe d'Amérique,
Exerçait au sein d'un quartier
L'état modeste de barbier.
Debout au seuil de sa boutique Il criait aux passants d'une voix emphatique : « Entrez. Messieurs, je fais la barbe à bon marché.»
Attiré par le prix modique.
Un bouc entre : au fauteuil on l'a vite attaché :
On vous le lie, on le garrotte, '
On vous le racle, on vous le frotte,
C'est plaisir; oh I non, c'est pitié.
Le malheureux supplicié
Faisant une horrible grimace,
Du regard semblait crier: Grâce.
« Pas de grâce, » dit Fagotin.
Et, terminant d'un coup cette œuvre interniinabPp, Il allume une torche et la place soudain
Sous la barbe du pauvre diable !
Le poil brûle aussitôt, et brûle tant qu'enfin Il n'en reste au menton pas plus que sur ma main.
Alors sans se plaindre et rien dire, Le boue ayant payé, tristement se retire. En murmurant ces mots ne datant pas d'hier
« Le bon marché toujours est cher. )>