LE MARAIS ET LA RIVIÈRE
Certain jour le marais disait à la rivière : «Vous fournissez, ma sœur, une belle carrière. Aux jours froids ou brûlants, au milieu des vallons, Vous avancez rapide en tortueux sillons ; On maîtrise les gens, mais rien ne vous enchaîne, Quel instinct vagabond en ces lieux vous entraîne: Le plaisir est-il donc compagnon de la peine? Modérant vos transports, imitez-moi, ma sœur, Demandez au repos le suprême bonheur. » « Imitez-moi plutôt, lui répond la courrière :
Dans un froid engourdissement
Vous croupissez l'année entière, Est-ce là du plaisir ? je n'y vois que tourment. Ah! croyez-moi, sortez de ce repos funeste,
Des insectes pleins de venin
Vont s'élancer de votre sein
Apportant la mort et la peste.
Et loin de vos bords infectés L'homme et les animaux fuiront épouvantés. Notre rivière impatiente, S'élance alors et rapide et fumante.
Et le marais, interdit à ces mots, Rentre confus dans son repos.
La paresse est honteuse; elle est parfois terrible. Lisez Platon, Socrate, Aristote, la Bible, Tous vous diront ; « Mortels, le repos est fatal, Vous ne voulez rien faire, ô conduite impossible, Mes amis vous ferez le mal.