‹ FablesChapitre 103 sur 121 · LE LION ET L’ANE · texte numérisé non relu

LE LION ET L’ANE

Un Lion, ayant bien diné, Rencontra sur sa route un Ane; Pour un promeneur couronné, C'était rencontrer un profane.

On comprend ce qu’eût fait ayant faim le Lion Dont peu de chose aiors excite la colère ; Mais, après son diner, l'affaire Méritait plus d'attention.

Doit-il écouter la clémence Et respecter les jours du rustique animal ?

— Oui, le mettre à mort serait mal...

Pourtant, dit-il tout haut, privé d'intelligence Entêté, d’un esprit banal, Du plus maussade caractère.

C’est un être inutile, et, sans être sévère,

Je puis le condamner à mort.

Tu vas donc mourir, sotte bête. — Le Lion a dit, il s'apprête.

Le pauvre Ane éperdu fait un suprême effort (Il ne manquait pas de finesse) :

— De grâce, apaisez ce Courroux ; Hélas ! bien grande est ma bassesse, Si vous me comparez à VOUS ; Je manque d'esprit, de noblesse, Et même, dit-on, de sagesse.

Je ne puis inspirer que haine et que dégoût.

Vous, vous êtes Lion et prince de la terre, Noble, majestueux, un vrai foudre de guerre, Et plus grand que l’homme après tout.

L'homme ! vous disputer l'honneur de la couronne ! Mais, à quel titre, s’il vous plait?

En vain il y prétend, l'univers vous la donne; Chacun vous honore et le haït.

Jouet des passions, sans pitié, sans mesure, Tout tremblant devant vous, plein d’orgueil devant moi, C’est le tyran de la nature, Et vous seul en êtes le roi, Le roi juste. — Cet Ane est plein d'intelligence

Dit le Lion. Bien plus, il a de l’éloquence.…

Impossible de parler mieux !

On m'avait trompé, je l’avoue.

Va, mon fils

.…. Celui qui nous loue,

N'est jamais un sot à nos yeux.

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