L'ÉPERVIER ET LE RAT
Un jeune Epervier vit un Rat.
fl fondit sur la pauvre bête.
Lutte horrible ! Le Rat tient tête
Quelques instants au scélérat,
Dont le bec crochu le déchire.
Mais c'est en vain qu’il se débat :
La terre est rougie... il expire.
Tout fier de son premier combat,
L'Épervier de chanter victoire :
— Encore un nom, dit-il, qui vivra dans l’histoire ! J'ai, je crois, noblement inauguré ce nom.
A-t-on vaincu jamais avec plus d'éclat? Non.
Quel superbe ennemi! sa force était terrible ;
Le sang jaillissait de ses yeux ;
Dans sa fureur irrésistible,
Il semblait quelquefois s’élancer jusqu'aux cieux. Sa taille était dix fois la mienne; Il tenait beaucoup de l’hyène ; Son moindre coup de dent aurait été mortel.
On eût dit qu’il bravait et la terre et le ciel ; Mais ma seule valeur, par la gloire enflammée,
L’a fait rentrer dans le néant. —
D'un ennemi vaincu qui n’était qu'un pygmée
La vanité fait un géant.