LE LION SE CHOISISSANT UN CHAMBELLAN
Le Lion voulut se donner Un Grand-Chambellan bien capable De le représenter à table, Lorsqu'il convirait à diner
Ses grands vassaux. Un roi ne peut se condamner À toujours recevoir lui-même.
Celui-ci, déjà vieux et chargé de soucis,
Aimait à manger seul. Il n'avait pas de fils
Sur qui se reposer de la grandeur suprême.
. Mais ce Grand-Chambellan, où le prendre? Le loup Pouvait-il convenir beaucoup
À cet emploi? Non, non; il manquait de noblesse. Le singe grimaçait sans cesse ; Le tigre avait trop d’appétit ;
Le buffle était bien gros; le renard, bien petit.
L’éléphant, rempli de finesse, Auraïit plus d'esprit que le roi.
(Tout porte ombrage aux grands). — Pourquoi Ne prendrais-je point l’ours?-L’ours: y pensez-vous, Sire, L'Ours est presque muet ; il ne saurait pas dire Aux invités du prince un seul mot gracieux. — — Il est presque muet! tant mieux.
Sa gravité me plait, voilà bien mon affaire.
Oui, je prétends que l'ours soit mon représentant. Allez, rien n’est plus propre à faire un important
Qu’une bête qui sait se taire.