‹ FablesChapitre 107 sur 121 · LE LION SE CHOISISSANT UN CHAMBELLAN · texte numérisé non relu

LE LION SE CHOISISSANT UN CHAMBELLAN

Le Lion voulut se donner Un Grand-Chambellan bien capable De le représenter à table, Lorsqu'il convirait à diner

Ses grands vassaux. Un roi ne peut se condamner À toujours recevoir lui-même.

Celui-ci, déjà vieux et chargé de soucis,

Aimait à manger seul. Il n'avait pas de fils

Sur qui se reposer de la grandeur suprême.

. Mais ce Grand-Chambellan, où le prendre? Le loup Pouvait-il convenir beaucoup

À cet emploi? Non, non; il manquait de noblesse. Le singe grimaçait sans cesse ; Le tigre avait trop d’appétit ;

Le buffle était bien gros; le renard, bien petit.

L’éléphant, rempli de finesse, Auraïit plus d'esprit que le roi.

(Tout porte ombrage aux grands). — Pourquoi Ne prendrais-je point l’ours?-L’ours: y pensez-vous, Sire, L'Ours est presque muet ; il ne saurait pas dire Aux invités du prince un seul mot gracieux. — — Il est presque muet! tant mieux.

Sa gravité me plait, voilà bien mon affaire.

Oui, je prétends que l'ours soit mon représentant. Allez, rien n’est plus propre à faire un important

Qu’une bête qui sait se taire.

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