‹ FablesChapitre 109 sur 121 · LE ROSSIGNOL ET L'ÉCUREUIL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL ET L'ÉCUREUIL

Le printemps nous était rendu ; Il semait partout la verdure ; Tout célébrait dans la nature Son retour longtemps attendu.

Les champs, les fleurs, les bois, l’ondoyante prairie, Tout le peuple des eaux, de la terre et des cieux, Dans un concert harmonieux,

txhalaient les ardeurs d’une nouvelle vie.

Un Rossignol seul se taisait. Un Ecureuil qui s’amusait

A ses côtés, lui dit: — Tu gardes le silence ! Eh quoi! pas la moindre cadence

Pour célébrer notre bonheur !

J'avais tant de plaisir autrefois à t’entendre ! As-tu quelque chagrin? parle, ouvre-moi ton cœur.— — Je le veux bien. Tu vas comprendre Et mon silence et ma douleur.

Hélas ! mon cher ami, tout change Dans ce pauvre univers que j'ai connu si beau. J'ai suivi, jour par jour, ce phénomène étrange : La fleur n’a plus d'éclat ; sans grâce est le roseau, Et dans mon triste cœur expire la louange, Quand je vois la pâleur du naissant arbrisseau ; Plus d’ardeurs au printemps; plus de secrète joie ! Le soleil est moins radieux.

Je poursuis sans plaisirs une tremblante proie. Le vent, dans la forêt, n’est plus mélodieux. Toutestmoins beau, moins pur, jusqu’à l’azur des cieux... Et moi je chanterais ! penses-tu que je l’ose ! Que pourrais-je chanter ?.. cette métamorphose? — — Mon ami, lui dit l’écureuil, La nature n’est point en deuil, Sa fraicheur est toujours la même.

Rien n’est encor changé, ton erreur est extrême... J'ai dit: rien, excepté ton cœur.

Tu ressembles au voyageur

Qui descend l’onde et croit voir s’enfuir le rivage.

Sois plus résigné, sois plus sage ; Car tout le mal, à mon avis,

Peut se peindre en deux mois.— Dis-les-moi.-Tu vieillis.

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