‹ FablesChapitre 112 sur 121 · L'HOMME QUI COURT APRÈS L'ESPRIT · texte numérisé non relu

L'HOMME QUI COURT APRÈS L'ESPRIT

L'Esprit, de sa nature, est un vrai sylphe, un diable, Il est, je crois, insaisissable,

Si ce n’est cependant pour ceux qu’il aime bien. Le poursuit-on, on n’atteint rien

Ou moins que rien, ainsi que le dit cette fable.

Certain Homme avait pour l'Esprit Une passion malheureuse :

C’est l'amour propre, m’a-t-on dit, Qui condamnait cet Homme à cette ardeur ficheuse. L'Esprit, je crois, s’en amusait:

Ainsi qu’un brillant météore, Il venait, puis fuyait bien loin, se ravisait, Paraissait de nouveau, pour s’éloigner encore. Si notre homme, animé de l'espoir décevant

De se parer de ce qui brille, Atteignait quelquefois le Dieu, comme une anguille, L'Esprit glissait bientot des mains du poursuivant. Un jour que celui-ei s'était mis sur la trace Du démon, il le vit entrer dans un impasse Fort étroit. — O bonheur ! je te tiens, cher Esprit! — Il marche doucement, pas à pas il le suit...

Le Dieu s'était voilé la face.

L'autre écarte le bras et s’écrie : — Il est pris ! Je tiens l'Esprit; venez, accourez, mes amis. —- On accourt, on regarde, Ô miracle ! à surprise !

Une femme éventée avait seule été prise...

On court après l'Esprit, on saisit la Sottise :

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