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LE VIEILLARD, L'ENFANT ET LA FÉE

Un écolier vit un serpent.

Aussitôt se précipitant, Avec un bâton, il s’apprète A frapper l’exécrable bête.

C’est l'écolier qui parle et non pas moi. Doit-on Traiter, sans rime ni raison, Le serpent de bête exécrable?

Quand on l'attaque, il mord... son crime.est excusable. Il existe, il est vrai,.des serpents venimeux ; Mais, sans être méchants, ceux-là sont dangereux. Quoi qu’il en soit, l'enfant allait frapper la bête. Mais voilà qu'un vieillard l’arrête.

— Ce serpent, lui dit-il, est un être craintif, En qui j'ai remarqué le signe distinctif

D'une espèce non malfaisante.

A quoi bon le frapper ? — Cela me plait à moi. Je hais tous les serpents. — La raison est plaisante! — — Ils répandent partout l’effroi, Et la prudence nous ordonne... — — Je suis garant de celui-ci Qui ne mordit jamais personne.

C'est un être fort doux ; ainsi, Épargnez-le. — L'enfant n’eût, je crois, pas fait grâce ; Mais déjà le serpent, profitant du débat, S'était mis à l'abri d’un coupable attentat, Et l’écolier partit d'assez mauvaise grâce.

Midi sonna. — Soudain parut, près du vieillard, Une fée. Elle avait des yeux dont le regard Éveillait en vous le sourire, Et des lèvres qui semblaient dire :

Aimez-moi; je vous aime. Au vieillard interdit Elle tendit la main et dit:

— Vous m'avez sauvé l'existence. — | — À vous ? — Oui ; tout-à-l’heure un écolier méchant Me frappait. Sans votre assistance... — — Quoi ! vous?— J'étais alors serpent.

Je le suis un jour par année :

Il le faut, c'est ma destinée.

Si je mourrais serpent, je mourrais fée aussi.

FABLE XXVIHIT. 327

Tel est l'arrêt du sort. Ainsi Je vous dois tout. Parlez ; usez de ma puissance. Il n’est rien d’impossible à ma reconnaissance. Consultez vos désirs, voyons... —-Ce que je veux ? Peu de chose : un vieillard est borné dans ses vœux. — — De l'argent? — On l’aime à mon âge.

Pourtant, j'en ai deux fois plus que mon propre usage Ne lexige. Mais la santé Me fait parfois défaut ; et, si votre bonté Voulait... — J'y joindrai la jeunesse, Ce bien qu’on regrette sans cesse. — — La jeunesse ! oh !'non, s’il vous plait ; Je n’en forme point le souhait.

Des passions longtemps j'ai connu les orages ; Je veux garder l’âge où je suis.

Grâce au calme dont je jouis,

La vieillesse est pour moi le plus heureux des âges.

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