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LES ANIMAUX EN RÉPUBLIQUE

Composé pour un Album qui devait être offert au Président de la République,

à son passage à Lyon, en 1850.

Certaine nation vivait en République , ‘était un monde d'animaux.

Tout s’y trouvait: des loups, des lions, des chevaux, Le peuple aérien et le peuple aquatique.

On s’y piquait de liberté : Là, se voyait inscrit sur tous les édifices

Le doux nom de Fraternité.

Enfin, l’aimable Egalité De ce monde faisait les plus chères délices.

Mais, talisman pompeux et vain,

Tous ces mots n'étaient qu'un mensonge, Et Le bonheur promis par le trio divin,

S'évanouissait comme un songe.

Le loup trouvait juste et fort bon D’avaler un pauvre mouton; Mais que, faute de mieux, il fût mangé lui-même Par un tigre, c'était une injustice extrème.

Le coq gobait avec plaisir Le vermisseau sorti de terre ; Mais qu’un renard d’un coq püt oser se saisir, Oh ! c'était bien une autre affaire !

Et pas un citoyen qui ne se crût des droits Aux plus magnifiques emplois ; Pas un qui n’accusât l’'injuste destinée.

Ils se faisaient entre eux une guerre acharnée : Plus de plaisirs, plus de labeurs.

Tout entiers occupés de la chose publique, L’abeille abandonnait ses fleurs, Le castor sa maison rustique.

L'Etat se dépeuplait. Un Renard fin matois Courut trouver à la frontière Un prince à la longue crinière, Jeune Lion sorti de la race des rois.

Ce Renard était plein d'adresse et d’éloquence : fl crayonne à grands traits les malheurs du pays Et le triste état où l’ont mis De ses vainqueurs d'hier l’orgueil. et l'impuissance.

Pauvre pays, dit-il, où, l’avide intérêt Seul ose encor parler en maitre, Où tout autre culte est muet.

Les rois en sont bannis et chacun voudrait l’être. On intrigue, on bataille, on ne veut rien céder : Le plus piètre carlin aspire à commander, Et le baudet lui-même hésite à se soumettre.

En cent partis confus nos amis divisés Peuvent tout empêcher, mais ne peuvent rien faire. Nos travaux suspendus, nos trésors épuisés, Disent trop qu'un grand coup est un mal nécessaire. Peut-être un coup d’état serait-il dangereux ? C'est un attrait de plus qu’il aurait à vos yeux. Prince ! il faut le tenter, c’est sur vous que je compte : Vous nous arracherez au malheur, à la honte.

Rendre, avec l'unité, l'énergie au pouvoir, C’est le besoin de tous, c’est pour vous un devoir. Dévouez-vous, Seigneur ! N’est-il pas temps d’avoir Le repos après la tempête, Et, pour nous, quel bonheur de voir Briller un jour sur votre tête!

Vos aïeux ont montré tant de grandeur... — Arrête, Il ne m’appartient point de suspendre les lois :

J'en suis le serviteur, je n’en suis point le maitre.

FABLE XXIX. Jo l

Je descends, il est vrai, de la race des rois;

Mais les rois sont proscrits, etje dois me connaitre.

Je ne suis qu’un soldat, je défends mon pays:

Ce rôle est assez beau ; nul autre ne me tente...

Si pourtant les fureurs d’éternels ennemis,

Si du pays en pleurs les destins compromis L’engageaient, contre mon attente,

A vouloir rétablir ce qu’il a renversé ;

Si, devenu l’objet d’un appel empressé,

J'entendais ce pays me parler par lui-même,

Oh! sans doute qu’alors, dans mon respect extrème..….

Mais jusque-là, Renard, je tiendrai mes serments.

Le Renard s’éloigna, trouvant le trait sublime.

IL en parla beaucoup et l’on fut unanime

A louer du Lion les nobles sentiments, à

Et les maux du pays s’aggravant..….. Je m’arrête.

Sur le reste, à vrai dire, on ne m'a rien appris.

Je finis par ces mots, pour être bien compris :

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