LE ROSIER ET LE DATTIER
A mon ami Léon Boitei.
Un riche amateur de jardins Avait un dattier dans sa serre ; Il le montrait aux citadins Qui venaient visiter sa terre, Et chacun de s’extasier...…..
— Mais, d’où vient, disait un rosier, Que vers moi pas une personne Ne daigne un instant s'arrêter, Ne fut-ce, enfin, que pour jeter Les yeux sur les fleurs que je donne ?
Je répands des parfums si doux !
De cet arbre étranger où sont les avantages ? Parlez, voisin, que faites-vous j
Pour attirer tous les hommages? —
— Je suis un arbre transplanté, Il me faut des soins, une serre.
Si vous étiez un jour, ainsi que moi jeté, Chétif, à demi-mort, sur la terre étrangère, Vous y seriez Ce que je suis.
Mais c'est un funeste avantage :
Je n'ai plus ni parfums ni fruits.
Couvrant de fleurs le voisinage, Soyez heureux : c’est le plus sage :
Nul n’est prophète en son pays. —