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LES ANIMAUX

Les moutons las d’être mangeés ,

(Qui ne serait las de la chose ?)

Voulant être mieux partagés,

En tous lieux plaidérent leur cause

Auprès des autres animaux,

Faibles comme eux et leurs égaux.

On accueillit fort bien cette noble infortune :

Chacun d’un beau feu s’anima.

était une cause commune.

Bref, une ligue se forma

Se proposant la tâche immense D'affranchir les petits de l'appétit des grands

Qu'on avait souffert trop longtemps ;

Et par s'imposer on commence.

L'argent est le nerf de l’amour, C’est celui de la guerre et de la politique.

La ligue bien pourvue, il fallait à la cour Présenter une humble supplique, Où l’on démontrerait au roi Qu'il était de toute justice D'accorder aux petits leur concours à la loi, Dont seuls vautours et loups avaient le bénéfice. Mais l’on jugea sage et prudent D'attacher d'abord à sa cause Tout animal indépendant Etne comptant, sur toute chose, Ni parmi les mangeurs, ni parmi les mangés.

Ce serait un appui d’une haute importance.

La ligue agit en conséquence.

Le tiers-état bientôt voit les siens assiégés Et consent à grossir les listes Où sont inscrits les progressistes.

Éléphants, taureaux, sangliers, N'y sont pas inscrits les derniers...

Déjà le camp des loups a d’horribles alarmes Et celui des vautours aussi.

On parle de courir aux armes :

Mais un renard s'exprime ainsi :

— Quoi! des petits l'esprit superbe Prétendrait nous réduire à l'herbe !

Dès lors, nous devrions vaquer à ces travaux Dévolus de tout temps aux plus vils animaux : Non! de par tous les dieux, la chose est impossible. Donnant aux révoltés une rude leçon, Sans doute, il nous serait loisible De les croquer tous sans façon, Et pour les mettre à la raison, Ce serait le meilleur, peut-être ; Mais je craindrais que notre maitre, Le lion, ne comprit pas bien Tout l’à propos de ce moyen.

En outre, ce serait la guerre Avec les sangliers, les ours, les éléphants, Qui pourraient rester triomphants.

Il vaut done mieux chercher un biais à cette affaire. — On s’en rapporte à lui: c'était un fin renard. La cause arrive un peu plus tard A la cour du lion. Le prince Croit devoir convoquer la ville et la province. Que fait notre renard? I va de tous côtés Annonçant les jours les plus sombres,

Et, pour peindre les révoltés,

Il évoque d’horribles ombres.

— Les moutons sont des scélérats, Méditant d’affreux attentats, Dégoûtés du bonheur de paitre :

Le croiriez-vous ? ils ont juré De manger...—Qui?—Nous et le maitre!

Le secret en à transpiré.— —Ah mon Dieu !—Mais, avant que tout n’aille à leur gré, À la ligue des réformistes Opposant les conservateurs, Nous abattrons ces anarchistes Sous nos foudres accusateurs ! — Il dit : une ligue est formée, Qui vaincra la première. Elle peut disposer De places, de cordons, d’un budget, d’une armée : Qui tient cela peut tout oser. | — Changer l’ordre établi : mais c’est abominable ! Les mangés devenir mangeurs | Mille ans avaient passé sur cette ordre admirable. | Point de trève à ces égorgeurs ! — Égarés par la calomnie Et pris dans ces piéges grossiers, Les éléphants, les sangliers

Laissent guerroyer seuls contre la tyrannie

Ceux qui d’abord comptaient sur eux.

En vain l’on vit ces malheureux Protester de leur innocence.

—Qui? nous! aimer le sang. Vouloir Copier une horrible engeance Et lui dérober le pouvoir Pour imiter des loups l’égoïsme et la rage!

Oh ! non, c’esttrop nous faire outrage.

Ah: s’il fallait quitter notre lot pour le leur, Au crime on nous verrait préférer le malheur... — Ils ne choiïsirent pas. La loi conservatrice, Bientôt votée avec fracas.

Ne changea rien au bénéfice Dont jouissait certain repas.

Ensuite tout reprit sa place - Et les moutons dorénavant

Furent mangés comme devant.

Toujours aux pauvres la besace.

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