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LE LION ET LES CASTORS

Après des jours brillants de gloire, Un lion eut son Pultawa.

Souvent, aux fils de la victoire, Pareille infortune arriva.

Tôt ou tard, du grand Alexandre, Ce malheur eût été connu.

N’était-il pas plus grand ce héros que j'ai vu S'élever jusqu’au faite, y briller et descendre? Le lion, toujours combattant,

Couvert de sang et de poussière, Arriva, le soir, haletant Et se mourant de soif, au bord d’une rivière. Il était seul. Les siens étaient captifs ou morts.

Calme était la rivière, et, sur ses heureux bords

QT

FABLE Il.

Tout respirait la paix et l’innocence ; Et dans ces lieux, pleins d'ombre et de silence, Quelques logis de terre abritaient des castors. À l’aspect du triste monarque Qui rugissait, on fuit : tout castor est craintif ; Mais, chez notre héros, visible était la marque D’un désespoir inoffensif.

— C'est, dit-il, dans cette retraite Que je prétends finir mes jours :

Déshonoré par ma défaite , Je veux fuir à jamais le faux éclat des cours. Le malheur aura su me rendre A l'empire de la raison.

Venez, castors, veuillez m’apprendre A me construire une maison. — On avance, on recule, on revient ; mais la suite Montra le lion simple et bon, Et pour tous l'amitié vint vite :

Bref, le guerrier se fit maçon.

Mais tel qui portait haut l’épée Tiendra la truelle assez mal, Et souvent du maçon royal L'âme semblait préoccupée.

En vain il employait et l’équerre et le plomb,

Rien n’allait bien dans son ouvrage :

Tantôt c’étaient les murs qui n’étaient pas d’aplomb, Tantôt trop faible en était l'assemblage ; Pourtant, il faisait de son mieux.

Enfin, un beau jour, tout s’écroule.

Le lion dit : — Jadis, j'étais victorieux ,

Et les flatteurs venaient en foule :

J'étais, assuraient-ils, le favori des dieux ; J'avais tous les dons en partage :

C'est à peine, à présent, si je suis en état, Malgré mon zèle et mon courage , De faire un passable goujat…

Détestables flatteurs !.… — Un castor lui dit : — Sire,

On peut être écrivain, législateur, guerrier,

Et se montrer un jour des ouvriers le pire :

Car nul n’est propre à tout ; à chacun son métier.

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