L'ÉCUREUIL EL LA OR EE
Pour chacun le devoir varie.
Il est telle vertu dont Jean peut se passer, Et que Claude doit exercer
Si Claude met du prix au bonheur de sa vie.
Un écureuil agile et pourtant paresseux
(Il en existe de la sorte)
Demeurait presque porte à porte
Avec un ours au corps graisseux.
L'ours, dans l’occasion, faisait chère excellente
D'une racine succulente,
De quelques fruits, d’un miel volé, Sans que jamais en lui le plaisir fût troublé
Par le souci d’une réserve.
Jamais notre ours ne se conserve Ni racines, ni fruits pour quand l'hiver viendra. À quoi bon, puisqu'il dormira ?
L’écureuil dit un jour : {Il me serait facile D’imiter la sagesse et l’esprit du voisin, Pourquoi garder en magasin De glands, de fruits, de grains, cet amas inutile ? L'hiver venu, l’on dort : le sommeil est si doux ! Mangeons donc, faisons chère lie.
Les soins de l’avenir ne sont rien que folie. A l’ouvrage, dépêchons-nous, — Il dit : il mange, se repose, Sort un peu, va faire l'amour, | Mais ne vit plus qu’au jour le jour.
Franchement la paresse est assez douce chose ! Vient l'hiver avec ses frimas :
Plus de glands, plus de fruits ! La neige Couvre tout : leur pays se trouvait la Norwége, Chacun fait son dernier repas,
Puis l’ours dort. C'était merveille De le voir reposer ainsi.
L’écureuil, six grands mois, pense dormir aussi.
Mais bientôt la faim le réveille.
Ah ! cherchons vite.-Il court entouslieux; mais en vain;
Il lui fallut mourir de faim.
Est-il besoin que je le dise?
Imiter est une sottise.