LE LION CHOISISSANT UN MINISTRE
Le lion voulant un ministre :
Pour diriger l’enseignement, Dans ses vastes états, il s’offrit plus d’un cuistre :
Aucun n’obtint son agrément.
Enfin, restèrent en présence Un docteur en droit, le hibou, Avec un singe sapajou , La veille encor maitre de danse.
Le hibou, chacun s’en souvient, Fut jadis l'oiseau de Minerve , Mais aussi partout on le tient,
- Pour savant et plein de réserve.
C'était bien l'être qu’il fallait
Au portefeuille. Aussi pensait-on qu’il allait
Tout cuirassé de sa science Vaincre à l’instant la concurrence.….
L’audience obtenue, il fait son compliment Au maitre auguste de l'empire, En bon latin et noblement ; Mais le singe flatte le sire :
Le premier fit bâiller et le second sourire.
L'un s’étend (je ne sais pourquoi) Sur les devoirs de la couronne.
L'autre dit : — Je vais parler, moi, Sur les droits que le sceptre donne ! —- Le hibou voulait des vertus, Mais le singe, fin politique, Glisse lestement là-dessus.
Le premier sembla fort diffus Et le second bien plus logique.
Enfin, notre docteur termine son discours Par une habile période, Pleine de grâce en ses contours.
— Ceci, dit le lion, n’est, je crois, plus de mode. — Et le roi, par mégarde, alors laisse tomber Son sceptre : le maitre de danse Renversant le hibou, s’élance :
D'un bond on le voit enjamber
FABLE XIL
Six courtisans ; il cabriole,
Fait la roue, enfin rend le sceptre. Le lion Récompense cette action Par la plus aimable parole.
Là finit l'examen. Et l’heureux sapajou Devint ministre. Le hibou Fut estimé fort téméraire
D’avoir couru le moindre espoir.
Pour réussir le savoir-faire
Est bien au-dessus du savoir.