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UNE EXPOSITION CHEZ LES ANIMAUX

À mon confrère et ami Chelle.

Une exposition se fit Chez les animaux. On y vit

Une ruche et du miel, offerts par une abeille, Produits justement admirés.

En un cocon, autre merveille ,

Se trouvaient des fils d’or artistement ouvrés. Noble élève de la nature,

Un castor d'Amérique eut hâte d'apporter Une maison en miniature Qu'on s’empressa de visiter, Et que chacun trouva fort belle.

On y reçut encor, fait par une hirondelle, Un de ces nids que les Chinois

Servent sur la table des rois.

La perle la plus blanche y fut aussi portée:

C'était l'œuvre d’une huître, et de là je conclus Que l’huître a plus d'esprit et qu’elle en sait bien plus

Qu'elle n’est chez nous réputée En savoir. Mais, chez nous, on est assez enclin

A tout juger sur l’apparence.

En mille objets, se remarquaient enfin Beauté, richesse, industrie, élégance.

Vint bientôt, escorté de nombreux favoris, Le lion. Il leur fit galamment la prière

De dire tout haut leur avis,

Et chacun se donna carrière.

Certain perroquet, beau parleur,

Trouva le tout bien pitoyable !

—Quoi, du miel! goùtons-y.... ça ne vaut pasle diable. Oh ! que ce vers à soie est un pauvre fileur !

Faire un cocon ! le beau mystère !

Comment une maison ! une maison de terre | Pour fenêtre des trous! quelques bâtons pour toit! Le misérable ouvrage !"à coup sûr on en voit

Chez les humains d’une autre sorte.

On eût dù consigner cet ouvrage à la porte. Un vilain nid chinois ! Ah! Dieu, quelle pitié !

Je plains l'étranger convié

FABLE XV. 97 À se nourrir de cette drogue , S'il est vrai toutefois qu’en Chine elle ait la vogue. Une perle !.. elle est fausse. — Enfin, il ricanait Sur tout, et la foule y prenait Un extrême plaisir; car la foule est rieuse Et même quelquefois, le dirai-je, envieuse.

Le lion s’écria : — Critique-t-on ainsi, Sans avoir le moindre souci Des longues veilles de l'artiste ?

Tout ouvrage, même avorté, Est remarquable encor par quelque bon côté.

J’augure mal d’un pessimiste.

Hé! quoi, réduire au désespoir Le pauvre artiste qu’on accable !

Ah ! de grâce, faites-nous voir Une critique plus aimable. — La foule d’applaudir (c’est un roi qui parlait). Puis on siffla le sot qui toujours persifflait. — Ah! quel affreux travers que l’amour de médire ! — Même un renard s’écria : — Sire, Critiquer sans mesure est chose assurément Funeste quelquefois et toujours inutile.

Mais louer agréablement

Et ne blâmer que finement ,

Est un art bien plus difficile :

À tout trouver mauvais beaucoup de fiel suffit, Apprécier exige infiniment d'esprit. —

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