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LE ROSSIGNOL, LE FINANCIER ET LE CHAT

A Madame Cécile B. , à Runkel (Allemagne.)

Un rossignol qui voyageait Assez imprudemment entra par la fenêtre D'un splendide salon, où justement le maitre . Au sein d’un fauteuil s’arrangeait Afin d'y goûter un doux somme.

C'était un financier ayant fort bien diné.

— Quel est ce visiteur importun , dit notre homme ? Et soudain l’éveil est donné.

Hélas ! Avant que Philomèle Aït pu retrouver son chemin, On se précipite, et sur elle Un des valets a mis la main.

— L’œil et le bec sont fins ; mais la robe est vulgaire,

Dit aussitôt le financier.

Oh ! c’est quelque oiseau prolétaire ; Et ne méritant pas d’être fait prisonnier ; Pauvre espèce, à Matou tout au plus présentable. Chacun son tour : je sors de table, Allez chercher Matou. — Le pauvre rossignol , Après de vains efforts pour reprendre son vol, Rassemble pourtant son courage.

— Ne plus revoir mon doux pays, Le nid qui m'a vu naître, et tant de vrais amis ! Mourir ainsi, mourir à la fleur de mon âge!

Ah!tâchons d’attendrir ce méchant. Quelquefois L'homme est, dit-on, sensible au charme de la voix. Essayons un effort suprême. — Et, noble chantre, à l’instant même Il emplit le salon de ses airs les plus doux; Orphée en eût été jaloux.

Le Crésus est ravi. Matou vient. — Chassez vite et abominable hypocrite. — Le chat partit. L’on fit au chantre du printemps Une cage superbe, où s’écoula sa vie,

Mais où, dit-on, par fois il pleura sa patrie.

Les plus sûrs protecteurs sont partout nos talents

FABLE XVIL.

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