LES DEUX PEINTURES
À mon ami Genod.
Un roi se trouvant chez un peintre
Choisit parmi trente tableaux
Un des plus grands et des plus beaux , Et désira le voir reproduire en plein cintre :
était pour lun de ses palais.
Les rois se gènent-ils jamais,
Lorsqu'ils ont quelque chose en tête ?
Celui-ci, sans façon, présenta sa requête.
En vain on lui fit observer
Que la voûte était trop petite,
Pour que l'artiste pût trouver
Quelques chances de réussite
A traiter un sujet justement admiré,
Mais où d’heureux détails rehaussaient le mérite.
Efforts perdus! Bon gré, mal gré, Le peintre s’armant de courage Rassembla ses pinceaux et se mit à l’ouvrage, Tout en maudissant son destin.
Il cherche, il dessine , il s'arrête.
Corrige, cherche encor, médite.. de sa tête Une autre œuvre s'échappe enfin.
Le sujet demeurait le même ; Mais le reste en tout point changé S’était, par un effort suprème , Tout comme à plaisir arrange.
Qui fut content? ce fut le peintre :
Grâce aux heureux effets d’un travail obstiné Un chef-d'œuvre existait à ce plafond en cintre Qui d’abord l’avait tant gêné ; Et le roi qu’on manda vit un progrès énorme Du premier ouvrage au second.
Mais le travail est si fécond !
La difficulté de la forme
Ne peut que profiter au fond.