LE LOUP JUGE ET LE SINGE
Ah! combien de vertus qui cesseraient de l'être
Si l’on pouvait s’y bien connaitre !
Tout allait, je ne sais comment,
Dans certain duché d'importance
Où régnait un lion. Vraiment Un bon code était là de la plus grande urgence.
Le lion y pourvut enfin : chaque délit Eut son nom, ses degrés, sa peine différente, Les juges furent bons, la plupart; mais on dit Qu'un loup s’y rencontra, bête avide et méchante. Il aimait la justice ardemment , disait-il , Et ne pouvait trouver d’assez terribles peines. Il traitait de joujoux les plus pesantes chaines.
— Qui? moi ! J’appliquerais la prison et l'exil !
Comment ? si peu ! — Tout pauvre diable
A sa triste barre amené,
Bientôt traité de grand coupable ,
Par ce juge était condamné A mort! sauf à servir plus tard pour son dîné, Sans qu'on le sut : c’était le piquant de l'affaire. Un singe qui servait de greffier à ce loup
Et qui philosophait beaucoup ,
Avant pénétré le mystère , Dit tout bas , un beau jour, en signant un arrêt :
Hélas ! que de vertus dont l'envers est bien laid !
FABLE VIIL.