‹ FablesChapitre 48 sur 121 · LE LOUP JUGE ET LE SINGE · texte numérisé non relu

LE LOUP JUGE ET LE SINGE

Ah! combien de vertus qui cesseraient de l'être

Si l’on pouvait s’y bien connaitre !

Tout allait, je ne sais comment,

Dans certain duché d'importance

Où régnait un lion. Vraiment Un bon code était là de la plus grande urgence.

Le lion y pourvut enfin : chaque délit Eut son nom, ses degrés, sa peine différente, Les juges furent bons, la plupart; mais on dit Qu'un loup s’y rencontra, bête avide et méchante. Il aimait la justice ardemment , disait-il , Et ne pouvait trouver d’assez terribles peines. Il traitait de joujoux les plus pesantes chaines.

— Qui? moi ! J’appliquerais la prison et l'exil !

Comment ? si peu ! — Tout pauvre diable

A sa triste barre amené,

Bientôt traité de grand coupable ,

Par ce juge était condamné A mort! sauf à servir plus tard pour son dîné, Sans qu'on le sut : c’était le piquant de l'affaire. Un singe qui servait de greffier à ce loup

Et qui philosophait beaucoup ,

Avant pénétré le mystère , Dit tout bas , un beau jour, en signant un arrêt :

Hélas ! que de vertus dont l'envers est bien laid !

FABLE VIIL.

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