LE COCHON ET L'OURS
Un ours jouait avec un gland.
Un cochon, qui le voyait faire , Le supplia très-poliment , Si ce gland cessait de lui plaire, De vouloir bien le lui donner.
— À moins que Monseigneur, ayant faim, ne préfère L'ajouter au menu de son propre diner.
— Voyez-vous cette bête immonde !
Dit l'ours, son appétit s'attaque à tout le monde ! Le maître goinfre ! F1 faut du gland Pour le dessert de ce gourmand !
Déjà la panse toute pleine Et ne se trainant plus qu’à peine ,
Il voudrait encore engloutir
Ce noble fruit dont peut sortir
Quelque chêne géant, l'honneur de la province ! Mais aujourd’hui, je suis bon prince.
Tiens, donc, voici ton gland; mange, avide animal ; Satisfais ta gloutonnerie.
— Le ton que vous prenez n’est pas fort amical, Dit le porc; gardez, je vous prie, Votre gland ; car, sachez-le bien :
Qui donne mal, ne donne rien.