‹ FablesChapitre 7 sur 121 · L'OURS ET LE SINGE · texte numérisé non relu

L'OURS ET LE SINGE

Un ours n'ayant pas de tanniere,

Près d’un rocher vit un marteau.

Il le prit, puis, à sa manière

Il tenta de creuser la pierre,

Quoiqu'il fut privé de ciseau.

— Dix ans vous sufliraient à peine

Pour vous former un gite ici,

Lui dit un singe, son ami.

Venez et cherchons dans la plaine,

Sous quelque chêne bien ombreux, Un gite où nous puissions nous abriter tous deux.

— Y pensez-vous, répondit l’autre.

Quoi ! dans la plaine! Et le chasseur ?

Descendons-y ; le bon apôtre

De ma fourrure et de la vôtre

Deviendra bientôt possesseur.

Dussions-nous une année entière

Travailler à creuser la pierre,

Restons ici. Veuillez m'aider ;

Mais commençons sans plus tarder. — Le singe dit tout bas : Notre ami perd la tête ! —

N'importe, à l'aider il s'apprête.

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On commence, et chacun travaille à tour de rang :

L'un fatigué, l’autre reprend.

Le roc s’écaille, et le courage Grandissant, on poursuit l'ouvrage Sans le suspendre un seul moment.

Chaque heure emporte son fragment On n’accorde au repos ni dimanche ni fête :

Tout plaisir est mis de côté.

Sans se hâter trop fort, jamais on ne s'arrête : Doucement et longtemps ; ce mot, je l’ai noté. Quand la nature, enfin, par le froid défeuillée, Se fut tout de blanc habillée, On entendit au sein des bois Le marteau retentir pour la dernière fois :

Nos heureux travailleurs avaient une tannière…

J'ai dit heureux : aurais-je tort ?

Libres, deux et s’aimant! Qui n’envirait leur sort?

Le roc les abrita durant leur vie entière.

N'importe votre outil, qu’il soit plume ou marteau, Ne vous effrayez de rien : l'eau

Goutte à goutte creuse la pierre.

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