LE FLEUVE ET LES DEUX CAILLOUX
Deux cailloux entraînés par l'onde, L'un contre l’autre se heurtaient,
Et, quoique bons amis, sans cesse se battaient : Leur douleur en était profonde.
—0 fleuve maudit, réponds-nous :
Que t’ont fait deux pauvres cailloux Pour être traités de la sorte ?
Eh quoi ! nous obliger à te servir d’escorte ! Si doux nous serait le repos :
Ah ! rejette-nous vers la terre.
0 grand fleuve, ordonne à tes eaux De nous rendre au sein d’une mère. — — Souffrir est un devoir pour tous,
Leur dit le fleuve. Ignorez-vous
Combien mes soins vous sont propices ?
Vous étiez raboteux, déjà vous voilà lisses ; Vous deviendrez encor plus brillants et plus doux. Je ressemble à la politesse Dont les lois contraignent sans cesse, Mais qui rend les hommes entr'eux
Plus aimables et plus heureux.