LE ROSSIGNOL, LE DINDON ET LE SERPENT
On se rit beaucoup des Dindons,
Je n’en comprends pas bien la cause.
Je les tiens pour fiers, mais pour bons, Et de sens. Faut-il autre chose ?
Heureux les Dindons s’ils savaient
Ce que nous, si moqueurs, nous SOMMES.
Ah ! si les animaux pouvaient
A leur tour baptiser les hommes !
Un Dindon était grand ami
D’un Rossignol... c’est fort possible.
Le Dindon peut être sensible
Aux charmes de l’ué et du mi.
Le nôtre allait au vert bocage
Écouter le brillant ramage Du Rossignol et quelquefois Essayer si son cri sauvage Pourrait aussi charmer les bois :
Pour ceci ce n’était pas sage.
Un jour que nos amis chantaient, le Rossignol S'arrête sur un si-bémol.
Il suspend sa gamme limpide :
Impossible d'aller plus loin.
Il venait de voir en un coin Un Serpent au regard avide.
Le Rossignol, dit-on, n’est pas fort intrépide. — Qu’'as-tu, s’écria le Dindon ?
De grâce poursuis ta chanson, J'y prenais un plaisir extrême. — — Je ne puis. — Mais d’où vient? — Je vois... mais, [vois toi-même, Quoi ! ce Serpent !—Eh bien ! mon ami, prends ton vol.— —Je ne puis, dit le Rossignol.
Je sens que le Serpent m'aitire.
Comme je tremble ! — Qu'est-ce à dire?
S'écria le Dindon, tu ne saurais braver Un tel péril et te sauver ?
Eh bien ! attends, laisse-moi faire, —
Soudain, sans hésiter, il saisit le Serpent, Qui siffle, se débat, veut jouer de la dent.
Vainement le reptile exhale sa colère
Et tente de se dérober
A son intrépide adversaire :
Trois fois rejeté sur la terre, Il se redresse encor pour encor retomber...
On se rit du Dindon, eh bien ! que vous en semble ?
Devant le danger si l’on tremble,
On est bien près d’y succomber.