LIVRE CINQUIÈME
LE PRINCE PORTÉ SUR LE DOS DE LA FORTUNE ET LA SAGESSE
Un Prince voyageait rapidement porté...
Par qui? par une femme: elle était des plus belles Et déployait de blanches ailes # Qui témoignaient assez de sa divinité :
Ses longs cheveux flottaient sur ses épaules nues. La Déesse, tenant un laurier à la main, Féndait l'air, et, parfois, se frayant un chemin Jusqu'au plus haut des airs, se perdait dans les nues; Soudain, redescendant, elle rasait le sol.
Le plus brillant cortége accompagnait son vol.
Son cavalier, tout fier, faisait bonne figure : \ +
Il trouvait doux de voyager, Entouré d’une cour et sur une monture Si belle, et qu’il croyait assez bien diriger. Il rencontre un jour la Sagesse.
La Déesse l’arrête et lui dit : —Imprudent !
Quoi ! tu fermes les yeux au péril évident Que te fait courir ton ivresse !
Incessamment tu vas tomber; Ta monture est capricieuse ; Sois raisonnable, fort ; sache te dérober Au fol entrainement d’une humeur glorieuse.
Les honneurs, les plaisirs pourront t’accompagner Dans ta retraite volontaire; Mais si, désarçonné, tu mesures la terre, Tu les verras soudain à jamais s’éloigner.— Le prince répondit : — Je veux vingt ans encore, Ainsi qu’un brillant météore, Kblouir, charmer l'univers ; Je suis bon cavalier, j’ai dompté ma monture... — — Hélas : c’est la Fortune !—Elle est douce, elle est sûre, . Et je ne crains aucun revers. — Il finissait à peine, un soubresaut terrible Désarçonne le cavalier.
Il appelle à son aide, il s’épuise à crier :
La troupe tout entière, à sa voix insensible, L’a pour toujours abandonné.
Il comprend trop tard sa folie, Et, loin d’un monde qui l’oublie, Lui, d’un si vif éclat jadis environné, Pour l’assister dans sa détresse,
Que lui reste-t-il? LA SAGESSE.
FABLE [If