‹ FablesChapitre 90 sur 121 · LA MOUCHE ET L’'ARAIGNÉE · texte numérisé non relu

LA MOUCHE ET L’'ARAIGNÉE

— Comment : je pourrais redouter

Quelque chose de toi, misérable Araignée !

Tu me suis du regard, tu sembles me guetter… Disait une Mouche indignée.

Mais que me font à moi les desseins d’un pervers,

À moi qui sais braver la légère hirondelle !

A moi fille de l'air, à moi qui d’un coup d’aile Peux traverser tout l’univers !

Objet de ta fureur et de ta convoitise, Je te dédaigne et te méprise.

Pendue au bout d’un fil, et, semblable au pantin

Dont un enfant se joue et qu’agite sa main, Balance-toi bien à ton aise ;

Monte, puis redescends, va par sauts et par bonds.

Pour moi je veux, ne te déplaise,

Explorer tous les environs. — Le chasseur aux huit yeux ne daigna pas répondre. Sans crainte du danger l’autre vole, revient, S’éloigne de nouveau, reparait et se tient Tout près de l'ennemi qu’elle prétend confondre. Cependant le chasseur dans l’espace a lancé

Un fil invisible à la mouche:

Avec d'autres ce fil est bientôt enlacé, La Mouche en se jouant s’en approche et les touche, Elle se rit du piége et folâtre à l’entour.… Mille rayons mouvants se croisent autour delle. — Pourtant, soyons prudente et faisons un détour. — Mais au milieu des fils elle engage son aile, La trompe vient après, les pattes ont leur tour, it la fille de l'air se trouve emmaillotée.

L’ogre paraît alors, la mouche est emportée

Dans le repaire du brigand.

Elle supplie en vain, le monstre est inflexible.

Ce chasseur au piége invisible,

Est l’image de l’intrigant.

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