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LES DEUX ÊTRES QUI MARCHENT TOUJOURS A LA SUITE L'UN DE L'AUTRE

Par goût ou par hesoin, j'ai beaucoup voyagé, J'ai parcouru la terre entière :

Oserai-je aujourd’hui conter, en abrégé, Une aventure singulière ?..

J'ai dit aventure, et j'ai tort, Bien mieux vaut dire une rencontre.

J'en fais un tableau que je montre, Tout simplement, sans nul effort

D’esprit, ni d’imaginative.…

Je contemplais le.Gange au cours majestueux,

Quand je vis une barque aborder à la rive :

Il en sortit un homme à l'air voluptueux, Vingt ans au plus était son àge.

De longs cheveux dorés, ornés de mille fleurs, Encadraient son charmant visage.

Ses habits, où brillaient les plus vives couleurs, Et dont j'admirais l'élégance, Exhalaient une douce essence.

Ses yeux bleus réflétaient l’éclat du plus beau jour. Il souriait, dansait et chantait tour à tour. À son bras on voyait une lyre attachée.

Il buvait à longs traits dans une coupe d’or, Et sa soif y puisait encor, Que déjà par trois fois il l'avait étanchée.

Derrière lui marchait un triste Compagnon :

Je le pris d’abord pour son ombre.

Lui ressemblait-il ? Mon Dieu ! non.

I s’avançait pensif, pâle, échevelé, sombre:

Quelque chagrin profond se lisait dans les yeux De cet être mystérieux.

À sa main était une glace, Tout obscurcie à la surface, Et son regard restait tristement attaché Sur le dessin confus de ce miroir taché.

Ses habits étaient en désordre.

Ses bras parfois semblaient se tordre

De désespoir. Ses mouvements,

Tantôt rapides, tantôt lents, Suivaient comme à plaisir ceux dujeune homme aimable Dont les pas vacillants s’imprimaient sur le sable. Je m’approchai de celui-ci.

— De grâce, expliquez-moi pourquoi ce personnage, Aux affreux vêtements, au sinistre visage, Pas à pas vous poursuit ainsi?

Il n’est point votre ami, je gage; . Non, vous vous ressemblez trop peu.

Est-ce une raillerie, une gageure, un jeu ? — — Hélas ! c'est un décret céleste, Décret terrible ! — Expliquez-vous. — — Je charmais l’univers, et quelque dieu jaloux Me fit un jour ce don funeste. — =— Achevez. — Je suis le Plaisir,

. Mon suivant est le Repentir. —

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