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LE SINGE CRITIQUE

Chez les singes jadis on écrivait beaucoup,

Les temps sont bien changés, on écrit chez les hommes; Mais serons-nous toujours ce qu'aujourd'hui nous sommes ? N’en jurons point, cela peut changer tout d’un coup. Déjà... Mais taisons-nous. Je passe à mon histoire,

Que je crois applicable à bon nombre de gens.

Un Singe, grand critique, exaltait la mémoire De singes morts depuis longtemps.

Rien ne semblait pouvoir égaler les mérites Ni les services éclatants Des Aristotes, des Tacites Du peuple singe : ils étaient grands, Purs, chaleureux, naïfs, enfin inimitables,

Les modernes n'étaient auprès

Que des écrivains détestables, Que des ânes, des perroquets.

Quelqu'un s’écria : — Quel dommage Que ce Singe ne soit pas né Parmi les singes d’un autre âge, Et qu’à vivre aujourd’hui le sort l’ait condamné : Ah ! comme il eût servi la gloire De ces écrivains du vieux temps ; Plusieurs sont morts obscurs : au temple de mémoire Jl les eût portés triomphants. — — Hélas ! mon pauvre ami, quelle erreur est la vôtre ! Dit un Singe caustique à l’autre ; Il les eût accablés, ces auteurs si brillants. Si les nouveaux auteurs, selon lui, sont bien ternes, S'il repousse ceux-ci, fait de ceux-là les siens, Croyez-le, ce n’est point estime des anciens,

Ce n’est que haine des modernes. —

On ne fait nos pères si grands,

Que pour amoindrir leurs enfants.

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