L'ORMEAU PRODIGUE
Un orme avec orgueil agitait son feuillage Où les oiseaux venaient chanter :
— (Quand on est comme moi l’on peut bien se vanter De ne pas craindre le pillage, Disait-il, et l’on est toujours beau, toujours vert.
Une brise passa qui li prit une feuille, Mais il s'en moqua bien ; il n'avait pas souffert.
Une en plus une en moins que l’on perd ou recueille, Quand on est bien feuillu, que peut faire cela ?
Une autre brise s’envola
Avec une autre feuille encore.
L'arbre riait toujours, disant :
— Pourquoi sévir ?
Non, ce n’est pas ainsi qu’on pourra me ravir Le beau voile qui me décore.”
Chaque souffle pourtant le dépouillant un peu, Il dut de son erreur faire un bon jour l’aveu.
Quelques vertus que l'on possède On les perdra bientôt si l’on n'en prend grand soin. La richesse fuit place assez tôt au besoin
Quand en aveugle l’on procède.
Une fuible dépense épuise un gros budget
Quand elle est faite à tout sujet.
‘ueille, )