‹ Fables canadiennes [microforme]Chapitre 6 sur 182 · LE LAURIER-ROSE ET LA PENSÉE · texte numérisé non relu

LE LAURIER-ROSE ET LA PENSÉE

. Un laurier-rose, Se croyant quelque chose, Etalait au soleil ses rameaux et ses fleurs ; Auprès, une pensée, La tête baïissée, Semblait ne pas savoir l'éclat de ses couleurs.

—Que je te plains, que je plains tes pareilles, Petite fleur des bois !—

Dit le laurier couvert de mille fleurs vermeilles — On t'a foulée aux pieds cent fois En venant cueillir mes guirlandes.

Ma tige est forte, à moi, mes fleurs sont toutes grandes ;

Elles brillent de loin.

Puis, pour demeurer sans reproche,

J’ai la vertu dont j'ai besoin.

Approche ; —Mets-toi près de ma tige et peut-être on croira

Que tu me dois la vie, Et quelque main ravie Alors te cueillera.

Merci, dit l’humble fleur, je suis bien disposée À rester où je suis :

Où Dieu nous à fait naître on n’a jamais d’ennuis.

Le rayon du soleil et la fraîche rosée Avaient entendu les discours

De la plante tous les jours Réchauffée avec soin, avec soin arrosée ; Ils la punirent aussitôt En ne descendant plus sur elle.

Le laurier se flétrit bientôt ; L'humble fleur à ses pieds demeura longtemps belle.

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