LIVRE TROISIÈME
Jalouse de voir le bon grain S'emparer du meilleur terrain, Quand au bord de la haie On la reléguait sans mer:i ; L’'ivraie alors voulut aussi Dans le sillon fertile Avoir place comme le blé.
Sa parole est subtile :
Elle prit un air accablé, Un regard fort modeste, Et dit aux épis ses voisins, Avec un noble geste :
— Vous me traitez bien mal, cousins, Et vous m'en voyez désolée : Je ne veux plus vivre isolée.
A partir d'aujourd'hui, Î Pour chasser mon ennui, | Nous filerons la vie ensemble, Qu'en dites-vous ? \ 4
— Vraiment, ma petite, il nous semble Que pour nous tous L'existence serait plus gaie | Si nous nous voyions un peu plus, Dirent quelques épis émus. |
— Votre remarque est juste et vraie ; Je l’attendais en vérité
De votre grande aménité,
Reprit livraie avec audace ; Laissez-moi prendre à vos côtés
Une toute petite place,
Vous serez fiers de mes bontés,
Séduits par ses belles paroles, Les épis jeunes et frivoles,
Ne voyant rien de hasardeux, La gardèrent au milieu d'eux.
Ils connurent leur imprudence Quand l’ivraie, avec impudenee, Pendant qu'ils souffraient, reverdit Et jusqu’au loin se répandit, Fouillant le sol de sa racine, Mais il était trop tard, hélas !
Il leur fallut, l'âme chagrine, Attendre le van et Ie sus,
| N'acceptez pas toujours l'amitié qu'on vous donne ; On vous jlatte souvent pour mieux vous pénétrer. On vous demande un coin duns votre âme trop bonne Et Von règne en tran dès qu'on y peut entrer,