‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 55 sur 141 · LVIII. LE LIÈVRE ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LVIII. LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir; il faut partir à point: Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.

Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. Sitôt ? êtes- vous sage r 5 Repartit l'animal léger:

Ma commère, il faut vous purger Avec quatre grains d'ellébore. — Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait; et de tous deux 10 On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire, Ni de quel juge l'on convint.

Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, prêt d'être atteint, 15 II s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes, Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter. Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue 20 Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s'évertue, Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire, Tient la gageure à peu de gloire, 25 Croit qu'il y va de son honneur

De partir tard. Il broute, il se repose :

Il s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, 30 II partit comme un trait; mais les élans qu'il fit Eurent vains: la tortue arriva la première. Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse:

Moi l'emporter! et que serait-ce 35 Si vous portiez une maison?

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