‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 60 sur 141 · LXIII. LE HÉRON · texte numérisé non relu

LXIII. LE HÉRON

Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où, Le héron au long bec emmanché d'un long cou.

Il côtoyait une rivière.

L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours; 5 Ma commère la carpe y faisait mille tours

Avec le brochet son compère.

Le héron en eût fait aisément son profit: Tous approchaient du bord; l'oiseau n'avait qu'à prendre.

Mais il crut mieux faire d'attendre 10 Qu'il eût un peu plus d'appétit:

n vivait de régime, et mangeait à ses heures. Après quelques moments l'appétit vint: l'oiseau,

S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. 15 Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieux.

Et montrait un goût dédaigneux

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches! dit-il, moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère! Et pour qui me prend-on: 20 La tanche rebutée, il trouva du goujon.

Du goujon! c'est bien là le dîner d'un héron!

60 Fables de Lafontaine.

J'ouvrirais pour si peu le bec! aux dieux ne plaise! Il l'ouvrit pour bien moins: tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

25 La faim le prit: il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles:

Les plus accomodants, ce sont les plus habiles; Ou hasarde de perdre en voulant trop gagner. 30 Gardez- vous de rien de'daigner,

Surtout quand vous ayez à peu près votre compte. Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle: écoutez, humains, un autre conte; Yous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.*

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